Les deuils constituent les écueils les plus visités et revisités dans tous les degrés d’art. Il est toujours aussi fascinant de constater comment certaines œuvres se les réapproprient ou offrent une portée symbolique aux sujets qu’elles empoignent. Ici, Ludovic Bergery démarre avec une grande passion pour cet épisode charnière dans la vie d’une comédienne, qui s’est perdue et dont le jeu ne suffisait plus à rendre possible la superposition à ses personnages. Difficile de retrouver une Emmanuelle Béart aussi magnétique que chez Claude Berri ou de François Ozon, mais la comédienne reste très sollicitée pour sa justesse renouvelée et à raison.


Margaux arrive en Île-de-France, hub de toutes les destinations et de toutes les possibilités. Pour cette veuve, mariée trop tôt, elle obtient l’opportunité de se remettre à l’eau et de vidanger cette peine qui la hante et qui lui manque à la fois. Au cœur même de sa psyché, ce sont bien ses désirs que l’on met en avant, car, au-delà de la perte d’un époux absent, d’autres « amants » viendront se greffer à son processus de guérison, qui ne se fera pas sans erreur et sans malheur. De cette façon, la sensibilité de la comédienne convient d’épouser cette frêle mélancolie et elle y parvient avec élégance. De même, le cadre ne perd jamais le point de vue charnel de Margaux, qui ne cesse de se faire malmener par ses émotions. A la recherche du bonheur serait une simplification effroyable que n’emprunte pas l’intrigue, du moins pas avec l’intensité qu’elle génère.


Un jeu de masques et d’illusions s’engage alors dans cette régression, qui sonne avec la délivrance que la femme d’âge mûr attendait depuis un moment. En renouant avec ses études, la sensation de retrouver une jeunesse perdue devrait faire évoluer sa position. Malheureusement, entre ses jeunes camarades qui ne connaissent aucune limite au plaisir et un enseignant dont le charme ne trompe personne, Margaux se laisse envahir par des pulsions, décrites comme adolescentes. Il y a tant à refaire, mais la plus importante de tout reste la libération de la parole, qu’elle trouvera finalement en présence d’Aurélien, interprétée par un Vincent Dedienne pertinent et qui s’opposent à toutes les convoitises de la femme. Les hommes inaccessibles la préoccupent sans qu’elle ne sache, qu’ils appartiennent au passé, qu’ils soient sincères, gentils, menteurs ou opportunistes.


Son parcours oscille inévitablement entre un thriller dangereux et un drame qui fait écho à ce dernier segment de vie d’une Béart bonifiée et sublimer par sa propre détresse, évidemment maîtrisée. La solitude et le silence ne sont plus que d’anciens refuges pour elle, tout comme Margaux, qui se doit d’affronter le monde et ses surprises. Des réseaux sociaux aux sites de rencontres, les interactions se font rares dans une société qui n’attendra jamais les plus passifs. « L’Etreinte » que l’héroïne guette questionne ainsi sur son rapport à l’amour, dont on se garde de mentionner par mégarde ou par crainte de bousculer la réalité dans laquelle nous plonge brutalement et sans gilet de sauvetage.

Cinememories
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le 24 mai 2021

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