Darezhan Omirbayev, après s'être attaqué au Anna Karénine de Tolstoï, adapte un nouveau monument de la littérature russe, Crime et châtiment de Dostoïevski. Avec toujours la même ambition, raconter à travers ces chefs d’œuvre la société de son pays, le Kazakhstan, de plus en plus rongée par le capitalisme.



L'étudiant du titre est sans cesse le spectateur impuissant d'une société où les plus forts règnent sur les plus faibles. Que ce soit au cours d'un tournage où un pauvre jeune homme se fait tabasser pour avoir malencontreusement renversé du thé sur la femme d'un banquier, ou dans son enfance lorsqu'il assiste à l'exécution froide d'un âne pour qu'un autre représentant du capitalisme puisse continuer sa route. Philosophe et sans le sou, l'étudiant se sentira obligé d'agir avant que cette société ne le réduise lui aussi définitivement au silence. Il commettra le meurtre d'un épicier et d'une cliente avant de trouver une sorte de rédemption dans l'amour d'une jeune femme.

La réalisation brut d'Omirbayev est un évident hommage à Robert Bresson dans un film où l'intrigue ressemble étrangement à L'Argent. Crime et châtiment étant un grand roman psychologique, L’Étudiant s'en inspire. Le cinéaste nous offre une mise en scène très maîtrisée où toutes les émotions du personnage sont révélées par des comportements, des regards de cet étudiant de plus en plus méfiant.

La scène d'ouverture nous présente un Omirbayev à l'opposé de ce qu'il est en réalité. Le réalisateur dans le film ne se préoccupe pas des problèmes de la jeunesse de son pays, souhaitant simplement les divertir. C'est un contre-point exact de ce qu'est L’Étudiant. Le film d'Omirbayev est sans cesse plongé dans une atmosphère extrêmement pessimiste et en alerte. Heureusement le cinéaste ne nous étouffe pas avec son pessimisme en nous offrant quelques touches d'espoirs. Encore une fois, toujours dans les regards, comme ceux apeurés des habitants devant l'exécution de l'âne ou celui compréhensifs de la jeune femme devant l'étudiant prisonnier.



Avec L’Étudiant Darezhan Omirbayev nous fait découvrir son pays trop méconnu où l'on a quasiment abandonné la langue locale pour parler russe et où le capitalisme envahie lentement mais sûrement les steppes.
JimAriz
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le 17 mars 2014

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