C’est probablement le film le plus important et le plus marquant que j’ai vu en 2021. Important car même si l'action se passe avant la légalisation de l'avortement en France — mot alors si tabou qu’il n'est pas prononcé une fois durant le film, partout dans le monde aujourd'hui ce droit est battu en brèche. Le film n’est pas spécialement militant mais rappelle simplement, efficacement, les conséquences du contrôle légal sur le corps des femmes. Il diminue au maximum les éléments de reconstitution pour se rendre encore plus intemporel.
Marquant par l'interprétation forte d'Anamaria Vartolomei et par les choix de direction et de composition d’Audrey Diwan. La réalisatrice n’use jamais d’effets faciles et son film progresse lentement, douloureusement, avec un réalisme cru et lucide mais jamais gratuit ni voyeuriste. Le choix du format serré 1:37 renforce encore l’isolement d’Anne, souvent seule au centre de l’image là où ses interlocuteurs sont coupés, ou alors enfermée dans un monde trop petit, étouffant. Car au-delà du fait biologique de cet Événement le film se concentre surtout sur la solitude et le désarroi dans lesquels est plongée Anne, jeune femme qui cherche simplement la possibilité de choisir son destin. Au-delà de la douleur physique, et elle ne nous sera jamais épargnée, d'Anamaria Vartolomei transcende la douleur psychologique que son personnage traverse, que ce soit la solitude, l'incompréhension, le silence, la honte, l’effroi…un chemin difficile pour pouvoir être elle-même dans un monde qui veut déterminer son futur.