Il se dégage une force impressionnante du film, son cadre resserré, son personnage d'une force peu commune, la juxtaposition des deux donnant le sentiment que le cadre va exploser, par le drame mis en avant, par une volonté peu commune, par une souffrance qu'il est impossible de partager, le corps semble toujours prêt à vouloir s'échapper de ce cadre restrictif, celui de l'écran et celui d'une société cherchant à lui imposer ses choix.
La caméra incarne la volonté de son héroïne, brillamment incarnée par Anamaria Vartolomei, volatile, toujours en mouvement, cherchant une échappatoire permanente, cherchant à toujours rattraper ses désirs. Bien souvent, Anne, sera en amorce du plan, une présence de chaque instant, au fur et à mesure du décompte des semaines, l'arrière-plan se floutera, l'esprit divaguant au delà de ses désirs présents auquel se substitue cette nécessité, avorter de cet enfant non désiré.
En suivant ce parcours acharné, c'est du désir que l'on parle, le désir féminin que l'on réfrène et ne se dévoile que timidement, au détour d'une discussion, puis d'une démonstration de comment se masturber avec un oreiller. Les regards s'échangent, mais les mots restent personnels, les deux ne parlant pas ont déjà eu des relations, comme on le découvrira tardivement pour Olivia, si le désir peut se murmurer, le passage à l'acte reste encore tabou.
Par divers exemples frappants, dans une narration exemplaire, on découvre les affres d'une existence qui se voudrait soumise à l'homme et au système, son ami qui lui propose de coucher, car, en étant déjà enceinte, elle ne risque plus rien, ce docteur qui l'a trompe en lui prescrivant un médicament pour renforcer l'embryon... Toujours cette notion de consentement inexistant.
Comme on le voit en début de film, une femme est conditionnée à se marier, aller en usine, à du travail agricole, les espoirs que peuvent représenter les études se heurtent aux désirs d'une jeune qui ne cherche qu'à s'épanouir, mais qui ne doit pas, la moindre erreur pouvant coûter un futur voulu. Chaque retour à ce bar où les jeunes viennent danser se fera plus laborieux, la douce insouciante de la séquence d'introduction s'est envolée, comme si la réalisatrice voulait bien marquer la scission entre le fantasme des comédies d'autrefois et les réalités vécues.
Il y a deux phrases particulièrement marquantes, deux échanges d'une honnêteté rare, où la vie explose en quelques mots.
"- J'aimerai avoir un enfant un jour
- Mais pas un enfant au lieu d'une vie"
"- Le genre de maladie qui ne frappe que les femmes et les transforme en femme au foyer"
Deux échanges qui marquent l'intensité du parcours, la perte de l'innocence et l'incroyable effet salvateur qu'il peut avoir sur le spectateur.
La façon qu'à la caméra de suivre en permanence Anne, cherchant autant à fuir qu'à rattraper le cours de sa vie, comment la caméra filme ce cou gracile toujours en mouvement avant de rattraper ce regard volontaire et déterminé, là aussi, l'impression d'une opposition entre le regard porté sur la femme par ceux qui l'entoure et l'envers d'une volonté farouche. Un bien beau film où les mots "fausse couche" deviennent une libération positive pour le spectateur.