Tous les films oubliés ne méritent pas forcément d'être redécouverts. Mais certains d'entre eux restent intéressants parce qu'ils témoignent d'une époque. "L'Exécutrice" appartient sans doute à cette seconde catégorie. Sorti en 1986, ce polar de Michel Caputo, réalisateur surtout connu pour quelques films érotiques avant cette incursion dans le cinéma policier, n'avait attiré que 17 712 spectateurs en France. Un échec qui explique largement pourquoi il a aujourd'hui disparu des mémoires.
Brigitte Lahaie y incarne une inspectrice de police chargée de démanteler un réseau de proxénétisme. Trafic de femmes, policiers corrompus, enlèvements, règlements de comptes, cassettes vidéo clandestines... le scénario accumule les ingrédients du polar des années 1980 avec une générosité qui finit malheureusement par lui jouer des tours. À vouloir multiplier les rebondissements, le récit se disperse peu à peu jusqu'à perdre en crédibilité.
Brigitte Lahaie s'en sort pourtant avec les honneurs. Loin de l'image qui lui est longtemps restée associée, elle apporte une présence et une sincérité qui rendent son personnage attachant. Le film lui offre même un rôle relativement rare pour l'époque : celui d'une héroïne déterminée confrontée à une antagoniste féminine, un choix finalement peu courant dans le polar français de ces années-là.
Autour d'elle, Michel Modo surprend dans un registre plus sombre que celui auquel il avait habitué le public avec "La septième compagnie" ou "Le Gendarme de Saint Tropez". Quelques scènes amusent involontairement, certains dialogues prêtent à sourire et plusieurs doublages paraissent désormais bien datés. Mais ces curiosités ne suffisent pas à masquer une mise en scène souvent maladroite et des scènes d'action qui manquent de conviction.
Passée une première partie qui se laisse suivre sans trop de difficultés, "L'Exécutrice" s'enlise dans une succession de péripéties de plus en plus confuses. Pourtant, le film conserve aujourd'hui un intérêt inattendu. Les rues de Paris, les vidéoclubs, les voitures, les costumes et cette atmosphère typiquement années 1980 lui donnent presque des allures de capsule temporelle.
Brigitte Lahaie méritait probablement un meilleur véhicule pour démontrer qu'elle pouvait trouver sa place dans un cinéma plus traditionnel. Si "L'Exécutrice" n'y parvient qu'imparfaitement, il reste une curiosité pour les amateurs de polars français des années 1980... et une preuve que tous les films oubliés ne le sont pas pour les mêmes raisons.