L'image est trouble, et Rome semble plongée dans une grisaille perpétuelle. Le ton est donné pour cette histoire qui n'est jamais lumineuse, toujours sordide.

Cela commence dès l'ouverture, où sans la moindre musique, un Anthony Quinn plus sobre que d'habitude prend sa retraite et insulte tour à tour chacun de ses enfants, menaçant de les laisser dans la misère, indignes qu'ils sont.

Et si vous vous dites qu'on commence par le pire, le film va faire tout son possible pour démontrer le contraire.

Des trois enfants, on suit plus particulièrement Pippo, honnête par pusillanimité, dénué de caractère, qui va pourtant chercher à montrer à son père ce qu'il peut devenir. C'est ainsi qu'il va jeter son dévolu sur un métier qu'il ne connaît pas, la quincaillerie, afin de prouver qu'il peut s'en sortir par lui-même. Las, il ne s'en sortira en fait que par l'aide de la fille des anciens patrons, et comme il n'aura pas su apprendre le métier assez vite, il décidera de l'épouser, d'autant qu'elle est très belle, quand on peut joindre l'utile à l'agréable, n'est-ce-pas?

En fait, la scène de cour, tellement fugace, bien dans sa manière timide, est sans doute la seule du film à être attendrissante. Comme si soudain, un rayon de lumière perçait la grisaille.

Sauf que la fille en question s'avèrera la pire intrigante qui soit, intéressée surtout par l'argent de l'héritage, et ne se sentant pas tellement d'humeur partageuse.

Entre le fils faible qui ne rechigne pas à sa part du gâteau tant qu'il n'a pas à fournir trop d'effort pour l'obtenir, le fils bellâtre inconséquent qui feint l'indifférence, et le couple formé par la fille et un fonctionnaire du gouvernement représentant la médiocrité satisfaite d'elle-même, ajoutons le père usurier et rapace, tellement acariâtre qu'il faudrait inventer un mot pour le décrire, et la belle-fille manipulatrice au regard qui se fait glacial quand on ne la regarde pas, le film semble mettre un point d'honneur à ne pas avoir de personnage positif.

L'héritage convoité est une somme d'argent faramineuse, le résultat d'une vie de besogne et d'avarice. L'héritage reçu est celui de la haine.

A noter que lorsque la belle-fille entame son jeu de séduction, on en viendrait à plaindre Anthony Quinn, qui découvre soudain, charmé, un remède à sa solitude qu'il croyait irrémédiable. Le spectateur sait d'emblée qu'il s'agit d'un écran de fumée. S'il est facile d'amener à la compassion envers des personnages sympathiques, il est nettement moins aisé de faire de même pour des personnages insupportables. L'espace d'une scène, L'héritage aura réussi cette gageure.

C'est un film qui fait froid dans le dos, montrant la cupidité dans ce qu'elle a de plus terrible, sous le vernis des apparences, gardé envers une société qui n'est pourtant pas dupe. Aucun humour, aucune tendresse, rien ne vient contrebalancer ce jeu de massacre où la médiocrité même s'avère un atout.

Il n'y a pas à dire, le cinéma italien s'y connaît en cynisme.

BigDino
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le 25 janv. 2026

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