Rien dans ce film ne cherche à élever le spectateur, on ne cherche qu'à informer. On ne cherche qu'à informer une classe sociale privilégiée qui ne croise le regard du protagoniste que les rares fois où il fait sa livraison, où il passe le torchon, où il tient la barre du métro. Qu'elle est la place de l'art dans cette oeuvre ? Pourtant, elle a été primée comme aurait pu l'être un film qui a une véritable ambition avec un choix scrupuleux du décors, avec une lumière travaillée, avec une direction d'acteur exigeante. Je n'essaie pas d'opposer une vision parnassienne à une vision engagée de l'oeuvre, je trouve que ce film s'est enfermé dans un format, un genre sclérosé qui empêche l'élévation que tout spectateur est en droit d'attendre. Le réalisateur oublie volontairement de voir que des français côtoient ces migrants au quotidien parce qu'ils sont ceux qui roulent à leurs côtés, qui passent le balais et qui prennent le métro avec eux. Comment peuvent ils entrer en communion avec le drame de ce migrant si on ne tente pas de séduire son regard pour mieux emporter son coeur ? Si ce film est politique, il s'est trompé de public, la stratégie n'est pas bonne pour séduire une grande majorité de français de plus en plus réfractaires à l'immigration. Ce film ne peut plaire qu'à une population protégée qui cherche à soulager sa conscience de classe du mépris qui la caractérise.