James Whale est clairement l’atout majeur de l’Universal Monsters, ce courant prolifique de films d’épouvante grand public qui fit les succès du grand écran dans les années 30, et pour lequel il livra les mémorables Frankenstein et La Fiancée de Frankenstein. Une ligne éditoriale claire se retrouve au fil des opus : un récit souvent localisé dans une Europe délicieusement exotique pour les américains, un travail particulièrement soigné sur les décors et de véritables morceaux de bravoure en termes de d’effets visuels.


Pour L’homme invisible, la dimension du conte propre aux autres mythes (Frankenstein, donc, mais aussi Dracula ou Le Fantôme de l’Opéra) est un peu mise de côté, puisque l’intrigue semble résolument contemporaine, et que le fantastique est le fruit d’une expérience plutôt que d’un univers gothique ou surnaturel. On retrouve néanmoins quelques éléments que Whale avait déjà exploités avec talent dans La Fiancée de Frankenstein dans sa façon de dépeindre la collectivité, qui, bien que victime des sévices de l’homme invisible, n’en est pas moins brocardée. La figure de la mégère tenancière de l’auberge occasionne ainsi un comique tout à fait bienvenu, tout comme la manière de ridiculiser la police locale bien décidée à expliquer rationnellement les phénomènes qui agitent la communauté.


Le récit insiste particulièrement sur l’effet secondaire de la drogue testée par le savant, qui, si elle lui confère l’invisibilité, décuple au même moment des pulsions mégalomanes et destructrices. Ce qui est présenté comme un jeu enfantin au départ (casquettes qui volent, vélo qui s’élève tout seul, etc.) vire ainsi à l’entreprise sadique de destruction massive, et rejoint les thématiques habituelles des hommes ordinaires en prise avec des pouvoirs qui les fait rivaliser avec Dieu.


Le récit n’en devient pas pesant pour autant : James Whale prend toujours soin de développer l’interaction entre l’extraordinaire et la société : après le village victime de l’homme invisible, l’organisation des forces de l’ordre donne une belle vigueur au rythme, celles-ci rivalisant d’ingéniosité et de plans complexes pour gérer l’aptitude de l’ennemi public. Cette inventivité (l’huile aspergée, le rassemblement des hommes, l’attente de la neige…) enrichit les thématiques un peu plus réflexives, qui permettent de maintenir un peu d’humanité chez le monstre grâce au motif incontournable de l’amour, sur lequel le récit s’achèvera : une apparition de quelques secondes d’un comédien jusqu’ici omniprésent par la voix, et avec lequel il faudra compter à l’avenir : Claude Rains.

Sergent_Pepper
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le 6 avr. 2021

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