C’est l’histoire d’un voyage. Celui d’un jeune garçon qui ne connaît rien à la vie, enfermé qu’il est depuis toujours dans une forteresse-orphelinat des côtes grises de la Cornouaille. Tout ce qu’il connaît du monde, ce sont les récits de pirates que le vieux Maître Forbes (voix de Michel Robin) vient raconter aux gosses-détenus au lieu de leur faire la classe. Notamment les aventures de Black Mor, terrible détrousseur de navires, disparu, comme tout bon pirate digne de ce nom, avec le secret de son considérable trésor.
Du coup, qu’a donc décidé notre Kid de faire dans la vie ?
Black Mor, bien sûr !
Surtout qu’il a récupéré une carte au trésor, échappée un soir d’entre les pages du vieux livre du conteur. A son tour, donc, de s’échapper, en sautant de la fenêtre à la mer...
La mer, personnage principal du film. La mer et tout ce qui va avec : les ciels tourmentés, le vent, la pluie, les horizons, les bruits...et les bateaux. Le dessin - proche de la « ligne claire » de la BD -, les trognes des personnages, les couleurs, les bruitages - clapotis du roulis, vent dans la toile, frottement des haubans, crissement des cordes à la manœuvre -, les ambiances intenses et variées, tout est ici d’un rendu artistique particulièrement original et touchant, amplifié par un magnifique accompagnement musical (signé Christophe Héral) d’inspiration romantique où Brahms, Ravel et Debussy sont finement suggérés.
Kid, intrépide et sans foi ni loi, s’acoquine avec Mc Gregor et La Ficelle (voix de Jean-Paul Roussillon et Jean-François Derec ) - deux pieds nickelés de grand chemin dont la tête est mise à tout petit prix - pour voler un magnifique Cotre (joli voilier rapide à un mat, grand voile, foc et trinquette) où un africain découvert prisonnier dans la soute les aidera à naviguer.
Naturellement j’arrête là de vous raconter le scénario, mais je pense que vous avez compris que tous les ingrédients pour une bonne dose de palpitantes aventures sont réunis. Il serait toutefois dommage d’oublier de citer l’apparition inattendue d’une jolie fille à bord, qui finira d’armer notre jeune Kid pour la vie, en lui prouvant qu’on peut aussi ouvrir un cœur sans coupe-choux.
Mais bien au-delà de cet attachant - mais relativement « classique » - déroulement, c’est le sentiment du voyage en mer, tel qu’il est ici offert par l’image, qu’on retiendra.
Toute la force et l’émotion des gréements dans la brise est ici rendue avec une poésie et une finesse inédites.
Les voiles faseillent, se gonflent, tournent avec un saisissant réalisme et on prend un plaisir énorme à admirer la manoeuvre universelle de l’homme vers son destin au gré du vent.