Dès les premières minutes, j'ai su qu'il allait se passer quelque chose. Les images me plaisaient beaucoup, ainsi que le parti pris de l'absence de parole, et cette belle musique pour accompagner le film.
Parce que dans L'île nue, il ne se passe pas grand chose. Ou du moins le film réévalue l'échelle de valeur des événements. L'absorption de l'eau par la terre devient un événement, et la simple altération d'un visage devient le marqueur d'un drame accepté avec l'indifférence placide de ceux qui en ont vu d'autres.
Nous suivons une famille de paysans. Les parents, et deux enfants. Leur originalité? Ils habitent une petite île, un simple rocher qu'une vue aérienne au début du film nous révèle, que l'on croirait inhabitable, et pourtant. Environnés par l'eau, ils doivent néanmoins traverser le bras de mer pour aller chercher celle qui sera consommable, ou utilisable. Un labeur de titan, sous un soleil éclatant, pour un résultat infime. C'est comme une épopée dont le résultat serait d'arracher quelques pousses végétales à la terre aride et rocailleuse.
L'intrigue démarre après plus de la moitié de ce beau film contemplatif. Mais ce qui compte avant tout, c'est la beauté des images. Dans ces jeux de lumière, ces visages cuivrés en gros plans attentifs au moindre petit mouvement, se joue quelque chose de religieux presque.
Kaneto Shindo film les gestes au plus près. L'effort en devient presque mystique, comme un rituel qu'il faut accomplir au geste près.
L'intrigue se nous sur une gifle. La faiblesse de la mère a été cause d'une perte de cette eau si précieuse. Pour le mari, cette faiblesse est inadmissible, et les conséquences en sont particulièrement graves. Mais lorsque la tragédie s'invite, et que le père cherche de l'aide de l'autre côté du bras de mer, sa silhouette paraît perdue dans l'immensité. Dérisoire. Il lui faudra, lui aussi, prendre conscience de sa faiblesse.
Le film se termine sur une autre vue aérienne de l'île, où l'on voit les chemins tracés et la maison, au seul endroit à peu près plat. On prend alors la mesure du travail accompli, et de la victoire de l'homme sur la nature, malgré toutes les difficultés. S'éclaire alors ce côté mystique : c'est en l'homme que Kaneto Shindo croit. Et L'île nue devient alors une allégorie de la force qui le pousse à dompter la nature, à surmonter tous les obstacles.