Par un étrange retournement de situation, le Tony Montana de Scarface (1983) est devenu une icône de la pop culture, élevée au rang de porte-étendard dans les milieux de la musique (hip-hop, rap) et du ghetto. Ce qui est d'autant plus troublant que le film de Brian De Palma ne montrait jamais son anti-héros sous son plus beau jour mais vilipendait volontiers ses travers (dégaine grotesque, caractère égocentrique) et sa vision du monde étriquée. Une figure pathétique, quoiqu'un sentiment de sympathie restait possible. Mais pathétique quand même.
10 ans après, De Palma a décidé de clarifier les choses. Carlito Brigante est diamétralement opposé à Tony Montana. Une mauvaise graine qui a décidé de se ranger des voitures pour cultiver les germes d'un avenir plus radieux. Mais évidemment, la sortie par la grande porte va vite se transformer en course pour les issues de secours.
Un héros tragique pour répondre au salaud chimérique immortalisé dix ans plus tôt. Deux facettes d'une même pièce, et le fait qu'Al Pacino (toujours extraordinaire) campe les deux protagonistes prolonge le vertige.
De Palma voit un écrin parfait pour mêler ses grands motifs (mensonges, paranoïa) et livrer peut-être son œuvre la plus humaine. Et bien sûr, l'un de ses films les plus opératiques (notamment, dans sa dernière partie, tout simplement renversante de maîtrise). Il y a une décennie, le cinéaste avait choisi de railler le strass et paillettes par l'excès. Cette fois-ci, c'est le ton nettement plus terre-à-terre et mélancolique qui se charge de la besogne.
Des félicitations, il faut en présenter à beaucoup de monde : Sean Penn royal (cette coupe de cheveux improbable !), Penelope Ann Miller touchante, John Leguizamo pétaradant.
Une réponse en bonne et due forme au malentendu Scarface. Qui ôte toute emphase et évite l'outrance pour ne garder que les hommes qui s'effritent. Bizarrement, le chemin de croix de Carlito se termine précisément là où une légende à toutes les chances de commencer. Et celle-ci serait on ne peut plus méritée cette fois.

ConFuCkamuS
9
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le 28 août 2019

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