Je range "The Incident" dans le tiroir fourre-tout des films bicéphales par excellence, qui me laissent dans un état assez désagréable par impossibilité de trouver une position d'équilibre entre la liste des qualités et la liste des défauts. Chaque fois qu'on s'attarde sur un élément d'un côté, il en est un autre appartenant à l'autre catégorie pour venir casser le début de certitude qu'on commençait à se construire.
Pour commencer par de l'anecdotique, j'ai quand même beaucoup aimé découvrir le duo de jeunes harceleurs Tony Musante et Martin Sheen à un âge aussi jeune, ça fait quand même bizarre (et ce indépendamment des rôles de grosses enflures ingrates et tortionnaires qu'ils endossent). Et le deuxième argument peut-être le plus important à mes yeux, c'est évidemment la tension que Larry Peerce parvient à imposer dans la seconde moitié, une fois la machine ayant bien démarré — oui car le film est presque scolairement divisé en deux parties de 50 minutes, la première consacrée à la présentation de l'intégralité des personnages plus ou moins secondaires et la seconde à un voyage dans une rame de métro sous forme de huis clos avec une quinzaine de personnes subissant la violence des deux sales types précédemment cités.
Dans un premier temps, j'ai pas mal apprécié le fait qu'on ne sache pas du tout où le film nous embarque (ne connaissant rien a priori), on croit d'abord à une chronique des bas fond de New York centrée sur Musante et Sheen, mais d'un coup le sujet se décentre pour 30 à 40 minutes. Bonne idée sur le papier mais en pratique, cette galerie de personnages présentée sous forme de vignettes alignées les unes après les autres souffre d'un côté extrêmement caricatural, avec une sensation de longueur interminable dans ce qui apparaît comme gratuit et superflu. Cassage de rythme en règle. Évidemment il y aura le côté gratuit de la violence, aussi, mais au final ce que j'ai trouvé le plus préjudiciable tient à la représentativité trop soigneusement travaillée des personnages, avec chacun appartenant à sa petite catégorie sociale bien délimitée. On dirait un panel test pour une expérience de laboratoire avec jeunes / vieux, riches / pauvres, Blancs / Noirs, civils / militaires... D'ailleurs, drôle de rôle pour Beau Bridges.
Les hommes se distinguent par leur lâcheté, la dilution de responsabilité tourne à plein régime, la police se rue instinctivement sur le Noir... Rien de fondamentalement différent d'aujourd'hui.