Scénario : 2/3
Dialogues : 1,5/3
Casting : 2,5/3
Jeu d’acteurs : 1,5/3
Costumes : 1,5/3
Décors : 1/3
Effets spéciaux : 2,5/3
Bande-son : 0,5/3
Montage : 2/3
Mise en scène : 1,5/3
Total : 16,5/30, soit un correct 6/10.
Scénario
Ce remake de L’Invasion des profanateurs de sépultures (1956), lui-même adapté du roman de Jack Finney, avait de grandes ambitions. Le film original est une œuvre matricielle, à la fois chef-d’œuvre de l’horreur paranoïaque et véritable prototype du film de zombies. Cette version de 1978 cherche à moderniser le propos tout en y intégrant quelques rebondissements plus contemporains. Bien que l’ensemble manque parfois de crédibilité, il demeure intrigant et a marqué l’imaginaire collectif au point d’inspirer, entre autres, le manga culte Parasite (d'après moi). Rien que cela en dit long sur son impact culturel.
Dialogues
Les dialogues ne brillent pas par leur sophistication, mais ils remplissent leur rôle avec sobriété. Le film s’appuie davantage sur son atmosphère et sa narration visuelle que sur de longs échanges (et il y en a quelques uns tout de même), et cela fonctionne finalement assez bien.
Casting et acting
Le casting constitue sans doute la véritable force du film. Voir un jeune Jeff Goldblum déjà convaincant, sans tomber dans l’excès, est un plaisir. Donald Sutherland, lui, livre une prestation solide, parfois maladroite dans son écriture (le côté macho “typique” des années 70), mais charismatique. Brooke Adams, en revanche, se retrouve cantonnée à un rôle de demoiselle en détresse, ce qui la réduit à une fonction narrative trop limitée. Enfin, la présence de Leonard Nimoy – Monsieur Spock en personne – avait de quoi exciter les spectateurs (personnellement Star Trek ne m'a jamais émoustillé), mais son rôle terne et son interprétation un peu froide laissent sur leur faim. Dans l’ensemble, le film bénéficie d’une distribution lourde pour un film de ce genre, mais il faut reconnaître que les figurants ont eu la tâche facile : incarner des humains dénués d’émotion, ce n’est pas le défi d’acteur le plus périlleux.
Costumes et décors
Malgré un budget honorable pour l’époque (3,5 millions de dollars), l’aspect visuel souffre d’une certaine pauvreté : décors de studio trop visibles, paysages limités et costumes contemporains sans éclat. Si cela pouvait passer à l’époque, le film a beaucoup moins bien vieilli que d’autres productions de la même période, comme Soleil Vert (1973) ou The Thing (1982), qui parviennent encore à fasciner visuellement aujourd’hui.
Effets spéciaux
Pour l'époque, les effets sont saisissants, et en dehors de la photographie du film qui fait très datée, c'est le top que j'ai vu des films de cette période. Puis viendront The Thing de John Carpenter mais ça c'est quand même 4 ans plus tard (avec 15 millions de dollars de budget) et E.T. (autour de 11 millions de dollars). Le développement organique des plantes, les répliques végétales des personnages et la scène marquante de la tête explosée à la houe fonctionnent parfaitement. Donc c'est du très bon surtout quand on le compare avec son concurrent de la même année : Zombie - Le Crépuscule des morts-vivants.
Bande son
Voilà un véritable point noir. Quand on a l'habitude de s'écouter des BO de films en vinyles ou album cd d'Ennio Morricone, d'Hans Zimmer ou de John Williams et bien il faut tout oublier, là où on pourrait espérer une partition marquante, on n’a droit qu’à des nappes sonores hésitantes, des cuivres dissonants et des fulgurances instrumentales peu inspirées de "l'artiste", pour au final ne pas être plus qualitatif qu'une bande son du film Atoman avec Lartiste (l'origine de tout d'après moi).
Montage et mise en scène
Le montage se révèle correct, notamment dans la mise en valeur des effets spéciaux. La mise en scène, en revanche, oscille entre plans trop resserrés qui n’exploitent pas suffisamment la claustrophobie du sujet et des plans larges, souvent filmés en plongée, typiques des années 60-70. À l’époque, cela passait, mais aujourd’hui ces choix paraissent très ringardset ont été rafraichis avec des nouveaux moyens techniques (drones ou plans numériques). L’ensemble reste néanmoins lisible et rythmé, sans jamais plonger le spectateur dans la confusion.
Conclusion
L’Invasion des profanateurs version 1978 n’est peut-être pas le film culte que son aîné de 1956 reste encore aujourd’hui, mais il demeure une pierre angulaire du cinéma horrifique. Il prouve qu’on peut réunir un casting prestigieux et proposer des effets spéciaux convaincants dans un film de genre. Toutefois, son aspect daté, sa bande-son défaillante et ses limites visuelles l’empêchent d’atteindre l’aura intemporelle d’autres classiques de la même époque.
À titre personnel, ce film m’a laissé une impression étrange : celle d’assister à une métaphore du “grand remplacement” avant l’heure, ce fantasme qu’agitent aujourd’hui certains réactionnaires. Il est fascinant de voir comment une œuvre de science-fiction paranoïaque peut résonner, volontairement ou non, avec des imaginaires politiques ultérieurs. Une curiosité historique, plus qu’un chef-d’œuvre, mais une curiosité à ne pas négliger.