Après une mauvaise journée, Joe découvre en rentrant chez lui que sa femme Angela a invité à dîner un couple de voisins dont il ne supporte plus d'entendre les bruits émis la nuit à l'étage de leur appartement.
En pleine dispute à leur arrivée, Angela tente de garder la face devant ses deux convives tandis que Joe fait clairement preuve de mauvaise volonté à se montrer hospitalier. Mais tout change lorsque le couple invité leur fait une révélation "inattendue"...
Bon, on ne pourra pas dire qu'Olivia Wilde a l'apanage de l'originalité en s'attaquant à ce qui n'est pas moins la septième adaptation cinématographique de la pièce de théâtre à succès "Los vecinos de arriba" de Cesc Gay, (on y a même eu droit en France avec "Et plus si affinités" en 2024), huis-clos somme toute assez classique voyant un couple bourgeois engoncé dans ses frustrations, reproches et autre non-dits se "réveiller" face à un autre bien plus libre et libéré sur leur relation.
Mais, avec l'aide de Rachida Jones et Will McCormack ("Celeste and Jesse Forever") à l'écriture de cette version américaine, la cinéaste poursuit une trajectoire de réalisatrice finalement assez cohérente autour de l'impact de certaines relations susceptibles de définir nos existences, que "Booksmart" avait entamé par le prisme de la comédie adolescente, que "Don't Worry Darling" avait abordé sous un angle de SF particulièrement pessimiste (en lorgnant du côté de "La Quatrième Dimension") et que, aujourd'hui, "The Invite" poursuit dans l'enfermement théâtral d'un appartement chargé d'arracher les bâillons de souffrances silencieuses de son couple vedette, étouffées par l'usure d'un quotidien promis à devenir intenable sur la durée.
Si, dans un premier temps (la dispute inaugurale), "The Invite" prend parfois trop la forme d'un exercice de style où Wilde se sent toujours un peu obligée de faire la démonstration de ses capacités de mise en scène (elle n'en a nullement besoin, son talent parle pour elle) dans un style ici dominé par la rythmique des échanges, le jeu des comédiens et une musique partie prenante de la montée en puissance de l'ensemble, le film trouve son véritable souffle narratif à l'arrivée de son fameux couple de voisins qui y amène un degré d'ambiguïté et de fascination parfaitement dosé pour contaminer tout autant ses héros que le spectateur sur la teneur de ses réelles intentions à leur égard.
À partir de ce moment, "The Invite" fera constamment le yoyo entre ses élans bien sentis de vaudeville et l'exploration bien plus dramatique d'un couple que tout, dans cette situation de mise en lumière de leurs failles respectives, ne peut que conduire à l'implosion. Certes, rien n'est réellement novateur, jusque dans la proposition effectuée par les invités et l'appétence autodestructrice qu'elle entraîne chez des convives qui, on le sait, ne peuvent que faire entrer en collision leurs douleurs intimes en essayant de la concrétiser mais Olivia Wilde y fait preuve d'une belle maîtrise de son sujet, trouvant une manière très juste d'aborder à la fois le couple/élément perturbateur (et ce n'était pas si simple, les phases de monologues de Hawk le pompier sont à saluer sur plan)'évidemment la prise de conscience de celui coincé dans le chaos de ses ressentiments tus face à l'autre.
Et puis il y a également cet incroyable quatuor de comédiens pour mener la barre de ce "The Invite" vers des eaux d'excellence en son genre ! L'actrice Wilde, Penélope Cruz et Edward Norton se -et nous- régalent manifestement de l'éventail de facettes offert sur un plateau d'argent (de charcuterie) par l'écriture de leurs rôles et de situations burlesques ou bien plus profondes qui en découlent mais la palme de la meilleure prestation revient ici, et ce sans conteste, à Seth Rogen.
Toujours un peu dans la peau de son éternel personnage d'adulescent laissé sans gouvernail au milieu de la maturité (et après déjà un indéniable upgrade avec sa série "The Studio), l'acteur semble ici l'avoir peaufiné dans des variations de subtilité qui le conduisent à dominer le reste du casting de façon aussi sidérante que touchante via ce mari aveugle sur sa propre noirceur qui menace d'emporter son mariage. Il sera d'ailleurs au centre de la magnifique conclusion silencieuse du film où, en quelques plans, Wilde y fait encore un peu plus preuve d'une sensibilité parfaite pour capter l'essence de son couple. On a décidément bien fait d'accepter son invitation.