Je vois passer beaucoup de critiques pointant du doigt un manque de réalisme, un aspect guimauve, un produit hollywoodien calibré, un aspect prévisible alors que j'ai de mon côté ressenti tout l'inverse ! On est ici à fond dans les années 90, dans le genre de cinéma indépendant, s'éloignant justement des codes de la rom com classique hollywoodienne pour nous présenter des personnages marginaux faisait des choix de vie qui le sont tout autant.
Le genre de film dans lesquels Jennifer Aniston excellait d'ailleurs puisqu'on la retrouvera également quelques années plus tard dans le sous-estimé "The Good Girl" ; dommage qu'elle ne soit aujourd'hui principalement reconnue justement que pour des comédies romantiques calibrées et oubliables (évidemment, hors "Friends").
Ici, le film est adapté du roman éponyme de Stephen McCauley, sorti en 1987, et je trouve qu'il représente toute une sous-culture queer new-yorkaise émergente dans les années 80 et qui se poursuit dans les années 90. Ainsi, si la décennie est plus ouverte, elle n'en reste pas moins rétrograde sur certains points et ainsi, voir un film alliant air du temps tout en sortant des sentiers battus en fait un objet assez singulier.
D'autant plus qu'il joue constamment avec les attentes du spectateur, par exemple, alors que l'on s'attend à ce que les deux personnages tombent amoureux et que l'homosexualité ne soit ainsi résumé qu'à une lubie passagère (notamment avec la scène dans laquelle les deux s'apprêtent à faire l'amour), l'aspect marginal reprend subitement le dessus, inversant alors les rapports de force entre cette dernière et ce qui est considéré comme la norme. Plus clairement, alors que l'hétérosexualité gagne le personnage principal et que les deux s'apprêtent à former un couple pour élever le futur enfant, l'ex-petit ami appelle et ramène soudainement le héros à sa réalité ou plutôt sa normalité. Et, encore une fois, en 1998, c'est quand même assez surprenant.
D'autant plus que ce n'est jamais tourné en drame ; certes, les personnages souffrent de leurs désillusions (et c'est d'ailleurs souvent poignant sans avoir besoin d'en faire des caisses) mais ce mode de vie marginal reste sain et n'impacte en rien l'équilibre de l'enfant. Soulignons également que les acteurs ne donnent jamais de représentation clichée de l'homosexualité dans leur jeu, aucun n'est dans l'exagération en adoptant au contraire un jeu très naturel.
Bref, il y aurait encore pas mal de choses à dire sur "L'Objet de mon affection" mais toujours est-il qu'on est loin d'être devant une rom com banale et formatée.