<i>Spoilers.</i>
Ce premier film, où resplendit déjà la maestria formelle de Visconti, en donne peut-être aussi la clé : le désir en est plus que jamais la boussole. Pas tant au sens d’une sexualité visible (quand bien même le film ne manque pas d’érotisme) : le monde y est simplement impulsion, libido. Le récit est longtemps tenu par le désir des personnages, conquête de la femme, aide intéressée d’un compagnon de route. Lorsque ce désir arrive à son terme, catastrophe : le meurtre commis, plus rien ne meut le couple, grippé dans sa mécanique, amputé de sa force vitale, engoncé dans le pourrissement d’un lieu fixe ; le volontarisme insistant du compagnon finit quant à lui en coups et dénonciation. Au point qu’en arrivant dans la chambre de sa deuxième amante, le personnage contient son désir tel un vampire, comme conscient des dommages qui en découleront naturellement, alors que la musique hésite entre une couleur romantique ou funeste… Je reste de ce fait assez dubitatif sur la dernière partie qui, si elle vient proprement clore tous les jeux de rimes et de destin du récit, fait le choix incohérent de fixer son énergie sur la promesse d’un enfant, qui semble impropre à résoudre les tourments sexués ayant secoué le film. Car le cœur battant du projet est là : si la reconfiguration phare qu’initia ce film fut évidement celle du néoréalisme, il est surtout frappant d’y voir une figure Chaplinesque (vagabond solitaire appelé par l’immense route) servir de base au dépliement d’un cinéma sensuel : l’ouverture marque certes par la façon dont elle extrait un hobo anonyme de la marche du monde, mais le récit ne démarre qu’au moment où l'on adjoint à ce pauvre un visage, gros plan fasciné et évènement, dont la beauté est le véritable modificateur de situation. Plus qu'à des questions de profondeur de champ, la beauté chantante du cinéma de Visconti tient sans doute au fait que chaque image y est d'abord l’expression d’un élan, d'un émoi tangible, qui transcende jusqu'aux décors miséreux qu'on alignait devant la caméra.
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