L'Odyssée
7.3
L'Odyssée

Film de Christopher Nolan (2026)

Chante, déesse... une autre version !

Cela vaut le coup de tourner en Grèce, en Italie, en Écosse, en Islande et au Maroc, qui plus est avec un format IMAX, si c'est pour chier des images aussi attrayantes pour l'œil que des vues de Sarcelles prises en photo un après-midi de janvier pluvieux. Et ceci n'est en rien arrangé par un choix d'armures et de costumes, en général, d'une absence de vivacité de couleurs à donner envie de se gaver d'antidépresseurs. Pourtant, la couleur n'est pas entièrement absente (le rouge des voiles des nefs d'Ulysse, les robes de Pénélope !), mais elle est complètement affadie par une totale désaturation des teintes. Non, la présence de couleurs vives et d'une lumière ensoleillée n'empêche pas l'atmosphère d'un film d'être oppressante, pouvant même créer un contraste rendant l'ensemble encore plus troublant (exemple récent : Midsommar !).


Sinon, Nolan oblige, la musique est omniprésente jusqu'à l'overdose, du début jusqu'à la fin, sans pratiquement la moindre interruption. Ce qui empêche la plus petite partie musicale de se distinguer du lot, en étant trop noyée dans la masse. Ce qui contribue aussi à ne distinguer aucun éventuel moment d'intensité (alors que les possibilités étaient nombreuses, l'Odyssée d'Homère étant un vivier particulièrement généreux pour donner ce type de morceaux !). En plus de parfois trop recouvrir les dialogues lors de certaines scènes intimistes. Sans parler du fait que, lors de ce type de séquences, Ludwig Göransson ne trouve parfois rien de mieux que de foutre sans raison des éclairs de partition épique (notamment durant les retrouvailles entre Ulysse et Télémaque !).


Pour ce qui est de gérer l'action, le réalisateur n'a jamais été très bon et le prouve une nouvelle fois ici, notamment en ce qui concerne l'affrontement entre le héros et les prétendants, car les cadrages et le montage ne parviennent jamais à mettre en évidence, d'une façon constante, dans quelle situation précise Ulysse se retrouve à tel ou tel instant de ce duel inégal, en plus de ne jamais rendre crédible le choix d'attaque des adversaires lorsqu'ils s'y mettent à plusieurs en même temps. N'est pas Kihachi Okamoto, Park Chan-wook ou encore Quentin Tarantino qui veut.


La consistance des personnages et celle de leurs relations ne sont guère meilleures, car rarement approfondies, tout comme les diverses situations racontées, donnant plus l'impression d'une accumulation en mode rapide que d'une véritable construction dramatique pour ces dernières. Peu d'actrices et d'acteurs parviennent à se distinguer tellement la plupart d'entre eux n'ont que dalle à jouer (parmi les seconds rôles, je fais exception de Samantha Morton, qui incarne une Circé aussi marquante que glaçante, et pour le coup assez bien servie par le scénario !). À l'instar de Charlize Theron en Calypso qui aurait pu sacrément assurer dans ce rôle — c'est une actrice suffisamment talentueuse et charismatique pour cela — si son personnage avait consisté à autre chose qu'à passer les plats à Matt Damon, sans rien d'autre à côté pour elle. Pareil pour Mia Goth, réduite à l'état de quasi-figurante alors que c'est une des interprètes féminines de premier plan les plus remarquables de sa génération. Zendaya est juste là pour apporter ses 175 millions de followers sur Instagram, en se pointant pour quelques plans avec une mine boudeuse.


Et quitte à intégrer l'arc narratif autour de Télémaque, présent dans l'œuvre d'origine d'Homère, on ne choisit pas un nullos comme Tom Holland pour le porter, car il est incapable de dégager la plus petite émotion, ayant constamment la même expression sur le visage, qu'importe ce qu'il a à jouer. Pour s'en apercevoir encore plus, il suffit de le comparer, lors de leurs scènes communes, à Robert Pattinson qui, en une posture, en un regard, en un ton de voix (donc avec le trop peu qui lui est fourni !), est capable d'insuffler de la tension. Mouais, Nolan se contente d'aligner un maximum de noms célèbres pour remplir l'affiche et c'est tout.


Sinon, le monde de la mythologie grecque est ultra-multiculturaliste et que le botox y existe. La partie sur le chant des sirènes aurait tout aussi bien pu ne pas être intégrée vu qu'elle ne dure même pas deux minutes et n'a donc pas le temps d'avoir le plus petit impact notable (ce qui est lié au problème de manque de construction dramatique susmentionné, mais cet exemple précis m'a tellement choqué qu'il fallait que je le mentionne !). La toute fin est tellement expédiée que l'on a peine à comprendre ce qui s'y passe. Durant la séquestration dans la grotte du Cyclope, la mise en scène et le jeu des acteurs n'arrivent jamais à transmettre la plus riquiqui usure mentale ou physique, ni la moindre trace de peur chez les personnages (au moins, la partie se déroulant à l'intérieur du cheval de Troie y parvient, il faut le reconnaître !). Bon, allez, je ne vais pas passer mon temps à ne faire que me plaindre sans mentionner les effets spéciaux, qui sont réussis (le Cyclope, les transformations des hommes d'Ulysse en porcs !).


Bref, je n'ai jamais été un grand fan du cinéma de Christopher Nolan, surtout depuis qu'il ne collabore plus avec son frère, Jonathan, pour ce qui est de l'écriture des scénarios de ses films. On y retrouve ce que je considère être des défauts récurrents chez le cinéaste dans son après-Interstellar. Mais si cela peut pousser plein de personnes à se plonger dans l'épopée intemporelle d'Homère (que je n'ai pas évoquée autant que je l'aurais dû, trop occupé que j'étais à défoncer ce film !), d'une richesse thématique et narrative incroyable, avec son très grand lot de morceaux de bravoure mémorables, alors, pour moi, ce long-métrage a une petite raison d'être autre que commerciale.

Créée

le 16 juil. 2026

Critique lue 5.7K fois

Plume231

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