La nouvelle vague québécoise afflue de nouveau avec une petite houle qui vient lécher nos mirettes. L’Odyssée de Céleste n’a sans doute pas la grandiloquence de celle que prépare Christopher Nolan, mais elle en possède l’essentiel : un cœur gros comme la lune.
Il arrive parfois qu’un film surgisse sans fracas, porté non par l’esbroufe mais par une délicatesse presque rétro. Dans un paysage saturé d’images bruyantes et de récits grandioses, certaines œuvres choisissent la discrétion comme arme secrète. L’Odyssée de Céleste appartient à cette famille rare : celle des films qui murmurent là où d’autres préfère crier. À hauteur d’enfant, à hauteur de souvenir, il convoque l’espace non comme terrain de conquête, mais comme un havre de tendresse.
Le silence des enfants
Dès ses premières images, L’Odyssée de Céleste parvient à se nicher au creux du cœur. C’est avant tout grâce à son esthétisme épuré. Une ligne claire s’en dégage : une géométrie enfantine, sobre et sereine, qui semble conçue pour aller à l’essentiel. Cette candeur se couple au format scope opérant un délicieux paradoxe : il ouvre l’image sur de vastes espaces magnifiques mais écrasants, accentuant la poésie et la solitude de Céleste, minuscule figure perdue dans des décors immensément larges et souvent dépeuplés lorsqu’elle vient à franchir les barrières du ciel.
Ce choix accentue sobrement le sentiment d’isolement, aussi bien interne qu’externe, d’une enfant confrontée très tôt à l’absence (maman est partie se perdre aux confins du cosmos). Un peu à la manière de Mon ami robot sorti un an plus tôt, L’Odyssée de Céleste dresse le portrait du manque et du fil invisible mais néanmoins concret qui peut lier deux êtres. Or la similitude ne s’arrête pas là : les deux œuvres font aussi le pari du muet, de se passer du moindre mot pour mieux laisser les images parler d’elles-mêmes.
Ici, le verbe serait presque un parasite. La narration repose entièrement sur le cadre, la lumière, les visages et la musique, douce et sucrée comme une barbe à papa, mais traversée d’une mélancolie persistante. Les airs de jazz discrets, parfois enjoués, viennent souligner ou contourner les émotions sans pour autant les imposer à grand trait. Cette douceur évoque naturellement une forme nostalgie, celle d’une fête foraine lointaine dont il ne resterait que l’odeur de la barbe-à-papa.
Critique de Sévan à lire sur https://cineverse.fr/lodyssee-de-celeste-de-kid-koala-avis-critique/