Un sympathique petit polar néo-noir qui avait eu de bonnes critiques à l'époque mais quelque peu oublié depuis!
Ça s'inspire de la vie d'Arthur "Weegee" Fellig qui lança, avec d'autres, le journalisme gonzo par ses célèbres photos de scène de crimes. Très librement car L’œil public s'appuie avant tout sur une structure d'enquête policière, classique mais bien ficelée.
Parmi de nombreux autres représentants du genre, un aspect particulièrement immersif lui permet cela dit de tirer son épingle du jeu.
Par son esthétique déjà, le film bénéficiant d'une photo aux petits oignons de Peter Suschitzki (L'empire contre-attaque, Mars attacks, une floppée de Cronenberg et Tale of Tales de Matteo Garrone...). A la fois sombre et colorée, elle s'inscrit dans la tradition des films noirs classiques en la réactualisant façon comic books pour adultes, genre EC Comics (à noter que le film est produit par Robert Zemeckis, aussi sur Les contes de la crypte à ce moment-là). Entre ruelles sombres et intérieurs Arts déco chatoyants, les décors sont variés, en corrélation avec les valeurs de cadres, à teneur psychologique et ambiante. Cela instille l'impression d' un spectacle beau, fluide et consistant.
Cette mise en images renvoyant à un imaginaire identifié (même si revisité) est ponctué d'oeuvres de Weegee. Le photographe avait beau changer les scènes de crime qu'il prenait en cliché pour plus d'impact, la grave impression de réel qui i en ressort est indéniable. Dans le film, cela apporte en ampleur, façon pendant urbain d'American Gothic.
Le développement des personnages ainsi que le casting mis à leur service contribuent de même à donner une patine naturaliste à L'oeil public. On tient là l'un des rares premiers rôles de Joe Pesci, loin d'être un jeune premier comme on le sait, mais rendant par sa gouaille et sa vivacité ce personnage d'anti-héros éminemment humain et attachant. Pour lui donner la réplique, Barbara Hershey parvient à se hisser à sa hauteur. Beauté étrange, elle dégage clairement une aura de femme fatale alors que son personnage ne s'avère finalement être qu'une croqueuse de diamant assez ordinaire, capable de sentiment et plus opportuniste que calculatrice. [Attention, léger spoileur: même si elle est touchante, toute aussi ordinaire est la relation qui les unit un temps. Elle connaît d'ailleurs une fin aussi anti-spectaculaire que désenchanté.] Le scénario et la mise en scène réussissent cependant à conférer à ce duo bancal des allures mythologiques en faisant référence de manière assez subtile au conte de la belle et la bête.
Insufflant suffisamment de banalité dans un univers romancé, par définition "bigger than life", Howard Franklin, réal/scénariste du film, ouvre ainsi une porte entre réalité et fiction, ce qui permet à ces deux mondes de se nourrir l'un et l'autre. Pareille poétisation de travers du quotidien aidera peut-être le spectateur à conscientiser ces derniers dans sa propres vie. Une particularité faisant de L'œil public une œuvre tout à fait recommandable...