"La bête humaine" vraiment au poil !

Pour les Césars 1989, il existait une amusante possibilité de faire rimer nomination et innovation. Soit, propulser en finale 2 interprètes tout à fait inattendus : une certaine "La Douce" pour le titre de Meilleure actrice et un certain "Bart" pour celui de Meilleur acteur. Ils forment un duo crevant si magnifiquement l'écran que leurs noms ouvrent le générique, où ils côtoient pourtant des comédiens bien plus célèbres qu'eux. Préciser qu'il s'agit de "L'Ours", alors nouveau pari cinématographique de Jean-Jacques Annaud, et le mystère se dissipe. "La Douce" est l'ourson et "Bart" le grizzly adulte qui ont provoqué une ruée dans les salles obscures.
A partir d'un livre d'aventure animalière, Annaud et le scénariste Gérard Brach proposent un récit filmé encore unique en son genre. Ambition de départ, donc géniale intrépidité : mettre le spectateur dans la peau d'un ours !
Dès les premières séquences, c'est gagné. Un ourson, dont la mère vient d'être tuée par un rocher, exprime son désarroi dans un langage d'attitudes et de plaintes immédiatement compréhensible. Jusqu'à la fin du film, riche en situations tragiques et péripéties comiques, il va ainsi transcender son état animal en faisant partager toutes ses émotions. Miracle du comportement inné des ours à peine conditionnés par les techniques de dressage et de mise en scène. "La bête humaine" est là, vraiment au poil (!), sur l'écran.
Seule et vulnérable quelque temps, l'attendrissante boule de poils trouve un compagnon protecteur auprès duquel elle entame l'apprentissage de la vie d'ours. Dans les années 80, la liberté au coeur de grandioses paysages de montagne a des contreparties très dangereuses. Face à face avec des animaux agressifs tel le puma ; ou pire encore avec l'Homme se faisant chasseur de peaux (beaux seconds rôles pour des comédiens typés). Au-delà d'un esthétisme visuel indescriptible, l'impact du film vient de ce qu'il fait redécouvrir des sensations simples (joie, peur, étonnement...) sans être une oeuvre simpliste, au contraire.
En cadrant ses ours-acteurs comme des vedettes à part entière, Annaud signe une nouvelle oeuvre majeure. Laissant chacun libre de déceler, dans ce conte animalier, le message écologique ou alors philosophique qui lui plaît.
Pari aussi insensé que "La Guerre du feu", mais moins phénoménal que "Le nom de la Rose", "L'Ours" se reçoit comme un chef-d'oeuvre permettant à son atypique auteur d'imposer un peu plus sa griffe !

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le 14 janv. 2017

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