J'ai un peu hésité sur la note, car "La balance" a quand même pris un sévère coup de vieux, mais je monte jusqu'à 7/10 pour la dimension divertissante et nostalgique de ce film policier grand public, en dépit de ses quelques défauts.
J'ai un faible pour les polars français old school, que voulez-vous...
Car si le deuxième long-métrage du réalisateur américain Bob Swaim a vieilli, il ne faut pas perdre de vue que "La balance" fut encensé en son temps pour la modernité de son propos, justement.
En effet, il n'était pas commun en 1982 de montrer des flics tabasser des malfrats ou des indics par exemple (afin de faire avancer leur enquête, bien sûr, pas uniquement pour le plaisir!).
Ou encore de montrer une prostituée plus ou moins indépendante qui assume et revendique son mode de vie aux yeux de tous.
Autre point positif, l'interprétation des acteurs et la caractérisation des personnages, en particulier le couple principal joliment incarné par Nathalie Baye et Philippe Léotard, qui dégagent une belle alchimie et apportent indéniablement un surcroît de sympathie à l'ensemble.
Même Richard Berry, dont le personnage souffre quant à lui d'un défaut écriture, parvient à donner un peu d'épaisseur à l'inspecteur Palouzi.
Les autres rôles s'apparentent davantage à des stéréotypes, ce qui n'empêche pas de se réjouir lors des apparitions à l'écran de comédiens de la trempe de Maurice Ronet, Tchéky Karyo, Christophe Malavoy ou encore... Florent Pagny (eh ouais!).
On appréciera aussi l'ambiance singulière du Belleville bigarré et crasseux de ces early eighties : ce décor à ciel ouvert participe pour beaucoup à l'atmosphère plaisante qui se dégage de "La balance", et compense la maigreur d'un scénario correct mais sans mystère, et le manque d'ampleur d'une mise en scène simplement fonctionnelle (malgré quelques effets de montage type fondu au noir).
Finalement, on regrettera surtout les touches d'humour, certes représentatives de l'attitude des flics de quartier, mais parfois navrantes et mal dosées, et qui déséquilibrent un film le cul entre deux chaises, Bob Swaim essayant de proposer à la fois un récit sombre et radical, et en même temps un divertissement populaire.
Au final, on pourra s'étonner des 4 Césars remportés par "La balance" en 1982, notamment celui de meilleur acteur pour Léotard (alors que Dewaere concourrait pour "Série noire"!), et celui de meilleur film, car il s'agit d'un polar urbain somme toute ordinaire.
En revanche, il serait dommage de négliger ce film représentatif de son époque, car on passe un vrai bon moment en compagnie de comédiens attachants, au point que l'heure et demie défile en un clin d'œil.