La Baston clôture la trilogie de polars de Jean-Claude Missiaen, mais aussi la carrière de son réalisateur au cinéma. Après deux jolis succès au box-office, le film s’est en effet violemment crashé dans les cinoches. Les raisons sont nombreuses. En 1985, la vidéo et Canal+ ont fait du dégât, et le polar made in France est déjà à bout de souffle. Surtout, le film est mal vendu. Son titre et son affiche sont totalement déconnectés de son contenu, laissant penser à un film de bandes un peu bourrin. L’affiche ne rappelle pas davantage les succès précédents de son réalisateur et Robin Renucci, qui a relayé Gérard Lanvin en tête d’affiche, n’a pas encore l’aura de son prédécesseur.
C’est regrettable car Missiaen propose un petit polar tragique bien troussé. Après Tir groupé et Ronde de nuit, il revient certes à quelque chose de plus classique, renouant avec une tradition bien française du film policier populaire. L’histoire est simple mais efficace, le récit bien mené et l’interprétation de qualité. Robin Renucci se montre notamment très convaincant dans un rôle qui repose moins sur le charisme que sur une forme de fragilité, tandis que Véronique Genest apporte beaucoup à un personnage qui aurait facilement pu rester en retrait.
Porté par une réalisation certes peu ingénieuse, mais sèche et réaliste, le résultat se révèle plutôt convaincant. Missiaen ne cherche jamais à en faire trop et filme efficacement les scènes d’action, nombreuses et plutôt réussies. Il sait également maintenir un rythme soutenu sans sacrifier ses personnages, donnant progressivement à cette histoire assez banale une tonalité plus sombre et désabusée. Le film n’a sans doute ni la personnalité de Ronde de nuit, ni l’efficacité immédiate de Tir groupé. Il témoigne néanmoins d’un véritable savoir-faire et d’une belle maîtrise des codes du polar. Rien qui puisse révolutionner le genre, mais suffisamment pour passer un bon moment devant un film solide, nerveux et honnête. Le voir mettre un terme à la carrière cinématographique de Jean-Claude Missiaen apparaît, avec le recul, franchement injuste.