Widberg est un réalisateur généreux et intelligent.
Intelligent car dans un rythme enlevé il nous plonge dans un amour professeur-étudiant qui aurait du mal à être raconté à notre époque où l'ambivalence n'a plus le droit de se dire. Celle, ici, d'une femme mature, séduisante et qui en profite pour dévorer un agneau. Sauf qu'on est tout de suite emporté par une puissante beauté du désir que je n'avais pas vu au cinéma depuis longtemps. La passion y est pulsionelle mais belle, légère et évidente.
On vit ici la vivacité du fantasme avec toute ses forces en tensions. Le fantasme c'est le désir d'un corps, c'est le désir du récit qui est porté par un corps. Celui d'une femme qui veut revivre le pouvoir de séduction de sa jeunesse. Celui d'un jeune homme qui profite de cette occasion unique pour passer de l'adolescence à celui d'homme.
Mais le projet de Widberg est généreux car il ne s'arrête pas là. Il nous montre que la force de vie de la jeunesse n'est pas que sexualité mais bien un appétit humain. Celui par exemple de notre agneau qui va rencontrer et se passionner pour le mari cocu sensible et philosphe, quitte à en délaisser l'amante.
On redécouvre un âge qui ne s'accommode pas encore, qui n'est pas dans la compromission morale et qui va par instinct vers la vie.