Depuis le temps que son cinéma m'intrigue et me fait de l’œil, il fallait bien que je me lance dans l'exploration des films du réalisateur polonais Walerian Borowczyk. Ma porte d'entrée sera donc La Bête sorti en 1975 qui reste son film le plus connu et le plus populaire. S'inspirant vaguement de la légende de la bête du Gévaudan le long métrage intègre une scène initialement tournée pour le film Les Rendez Vous de la Peur d'Alain Fleischer mais qui sera finalement refusé par le réalisateur avant de devenir un court métrage.
La Bête c'est l'histoire d'une famille de petits bourgeois au bord de la faillite qui organise dans la précipitation et afin d'honorer un testament un mariage de raison entre le fiston un peu benêt et une riche héritière américaine. Réunis dans le château familiale les noces improvisées s'organisent tant bien que mal alors qu'une vieille malédiction familiale refait surface dans les esprits.
La Bête est un film érotique et fantastique qui vient s'inscrire plus globalement dans un cadre de comédie irrévérencieuse et surréaliste. On pensera donc fortement au cinéma de Luis Bunuel ne serait ce que pour son approche critique de la petite bourgeoisie et ses saillis anticléricales. Si le film débute par les gros plans chocs et crus d'une saillie de jument par un étalon en rut on comprendra assez rapidement qu'il en est quasiment de même pour cette union de circonstance qui conduit une oie blanche fortunée à son mâle afin de perpétrer la lignée et remplir les caisses le tout sous la complicité goguenarde d'un prêtre aux penchants pédophiles à peine dissimulés. Baptême improvisé pour valider l'union sous promesse de donation financière, chantage pour obtenir la présence d'une sommité religieuse, mensonges et hypocrisie sont donc au menu des préparatifs de noces pour lesquels on va jusqu'à emprunter des gosses pour faire le cortège d'honneur. Avant de tomber dans quelque chose de plus explicite le film baigne dans un climat érotique plutôt léger et limite parodique tant on retrouve parfois avec amusement l’ambiance des films pornographiques vaguement chicos à la Marc Dorcel avec les rolls-royce avec chauffeur, les bourgeoises pleines de pulsions érotiques et les hommes de maison queutards à l'image ici d'un serviteur qui fait des galipettes caché dans les placards avec la fille de bonne famille. Tout est plutôt léger et amusant même si la critique des mœurs bourgeoises qui se tisse en filigrane reste assez féroce. Il faudra attendre la fameuse scène avec la bête pour que le film bascule dans quelque chose de bien plus polémique et inconfortable.
Bien qu'initialement prévu indépendamment, cette scène qui raconte le viol de la mère du futur marié par une créature bestiale va venir parfaitement s'intégrer au film sous la forme d'un puissant rêve érotique fait par la future épouse. Entre le malaise, l'amusement et la fascination Walerian Borowczyk utilise de nombreuses scènes très explicites venant directement de l'imagerie pornographique, usant et abusant entre autres choses de gros plans du sexe monstrueux en érection de sa créature déversant des hectolitres de sperme. Il y-a une drôle d'ambivalence entre la cruauté de la scène puisque l'on parle tout de même d'un viol zoophile et une forme de provocation grotesque et excessive qui rend la séquence presque amusante. Entre le look un peu craignos d'une créature poilue qui court sur deux pattes avec le zgeg triomphal au vent, la jeune fille qui perd une à une toute les couches de sa tenue en s’accrochant dans les branches et la musique légère au clavecin qui donne un aspect très léger à l'ensemble, il semble difficile de prendre la séquence au premier degrés et autrement que comme une scène provocatrice pour choquer le bourgeois. En tout cas la scène outre le fait de révéler les fortes pulsions sexuelles réprimées de cette héritière américaine pas si innocente que cela, va aussi préparer une sorte de twist final qui ne fera que renforcer la férocité de la charge globale sur les petits et médiocres arrangements moraux d'une bourgeoisie couplée aux religieux afin de survivre.
Provocation féroce visant à choquer et égratigner une bourgeoisie hypocrite au cœur même du récit, La Bête reste une curieuse et jubilatoire comédie érotique qui use du grotesque pour mieux dézinguer les bonnes mœurs de façade.