Je confesse un absolu manque d'objectivité quant aux oeuvres de Claude Lelouch qui m'ont ou transcendée (Roman de gare, Un+une, Itinéraire d'un enfant gâté) ou pour le moins charmée (Un homme et une femme, Salaud on t'aime).


Je me suis plongée hier soir avec délice dans La bonne année (titre ô combien de saison !) avec à l'affiche l'inénarrable Lino Ventura. Habitué aux films de castagne et aux (irrésistibles) rôles de gros durs taiseux, Lino campe ici Simon, un gentil malfrat qui, à peine sorti de zonzon, mijote un nouveau coup avec un complice : le braquage d'une bijouterie Van Cleef à Cannes.


Ressort classique du polar, cet élément du scénario est l'occasion pour Lelouch de proposer des scènes de déguisements et de valises pleines de billets très sympathiques même si assez peu originales.


Non, la singularité de ce film, sa force et son potentiel de séduction résident, comme souvent chez mon cher Claude, dans l'exploration infatigable des rapports homme/femme. Car face au grand Lino, on trouve la sublime Françoise Fabian, au zénith de sa beauté (elle a 40 ans en 1973). Elle permet à Ventura de composer une partition plus sensible, plus touchante et souriante qu'à son habitude.


Je retiendrai cette scène de dîner en tête-à-tête, elle élégamment enturbannée, collier de perles et trench-coat beige : le chic à la française; lui, intrigué, séduit, avec quelques résistances prêtes à s'effondrer d'un battement de cil de la belle... Avec toujours ces dialogues délicatement jubilatoires qui ont fait la réputation bavarde du cinéma de Lelouch mais qui, pour ma part, sont un ravissement de chaque instant.


Il faut voir ce duo de monstres sacrés déambuler sur le front de mer de nuit, elle qui dénoue négligemment sa coiffe, leurs sourires qui disent tout, cette façon à la fois légère et grave de s'interroger sur le mariage, le désir et l'ennui dans le couple.


Je suis incapable de résister à ça.


Et puis visuellement, narrativement, il y a ces trouvailles de Lelouch, ces années, chiffres blancs qui défilent sur fond noir, conversations qu'on entend entre les deux amants, puis rebasculement dans le récit après la libération de Simon : j'ai trouvé ça brillant.


Visuellement, c'est beau, la photographie nocturne est très romanesque et m'a totement emportée. Le scénario réserve son lot de scènes d'action, courses poursuites efficaces au service de l'intrigue policière - secondaire, selon moi - qui apportent nervosité (et humour) au film.


Et cette dernière scène, cet échange de regards entre Françoise et Simon, son regard à elle, désolé et épris, face à la dureté et l'intransigeance de son visage à lui où l'on peut lire la déception et la colère : ce moment m'a paru magistralement mis en scène, offrant aux acteurs une lumière intense et solennelle du plus bel effet.


Bref : chabadabada a fait mon coeur de cinéphile en regardant cette Bonne année. Cinématographiquement parlant, 2017 ne pouvait pas mieux commencer.

BrunePlatine
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Ces films que j'ai totalement adorés, Le style vestimentaire de ces films m'a inspirée et Les films avec les meilleurs dialogues

Créée

le 3 janv. 2017

Critique lue 1.6K fois

Critique lue 1.6K fois

22
10

D'autres avis sur La Bonne Année

La Bonne Année

La Bonne Année

8

BrunePlatine

820 critiques

L'av-Ventura

Je confesse un absolu manque d'objectivité quant aux oeuvres de Claude Lelouch qui m'ont ou transcendée (Roman de gare, Un+une, Itinéraire d'un enfant gâté) ou pour le moins charmée (Un homme et...

le 3 janv. 2017

La Bonne Année

La Bonne Année

7

Wakapou

353 critiques

« Vous préférez l'accordéon ? »

Attention, film allergique aux esthètes : oui, La Bonne Année, un peu trop long, un peu bancal, et bizarrement monté. L’alternance entre le noir et blanc et la couleur, l’introduction de séquences...

le 26 nov. 2013

La Bonne Année

La Bonne Année

6

Plume231

2386 critiques

Kubrick avait adoré, ça peut se comprendre !!!

A part "Un Homme et une Femme" qui n'est pas trop mal, j'avoue que Claude Lelouch n'est absolument pas ma tasse de thé. Je trouve son style beaucoup trop brouillon que ce soit au plan technique...

le 16 nov. 2013

Du même critique

Enter the Void

Enter the Void

9

BrunePlatine

820 critiques

Ashes to ashes

Voilà un film qui divise, auquel vous avez mis entre 1 et 10. On ne peut pas faire plus extrême ! Rien de plus normal, il constitue une proposition de cinéma très singulière à laquelle on peut...

le 5 déc. 2015

Mad Max - Fury Road

Mad Max - Fury Road

10

BrunePlatine

820 critiques

Hot wheels

Des mois que j'attends ça, que j'attends cette énorme claque dont j'avais pressenti la force dès début mai, dès que j'avais entraperçu un bout du trailer sur Youtube, j'avais bien vu que ce film...

le 17 déc. 2015

Soumission

Soumission

8

BrunePlatine

820 critiques

Islamophobe ? Vraiment ? L'avez-vous lu ?

A entendre les différentes critiques - de Manuel Valls à Ali Baddou - concernant le dernier Houellebecq, on s'attend à lire un brûlot fasciste, commis à la solde du Front national. Après avoir...

le 23 janv. 2015