La Cache
5.6
La Cache

Film de Lionel Baier (2025)

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Je n'ai pas lu le roman, donc je ne vais pas m'amuser à faire une quelconque comparaison. Par contre, la mise en scène ne manque pas, dès le début, de mentionner qu'il s'agit de l'adaptation d'une œuvre littéraire. Pourquoi cela, à part pour saloper l'immersion que l'on pourrait avoir en se concentrant exclusivement sur un film de cinéma. Le tout desservi par une voix-off aussi redondante qu'inutile, car apportant uniquement des informations que le spectateur est capable de voir ou de deviner par lui-même.


L'histoire est celle d'une famille bourgeoise parisienne qui s'isole, dans leur vaste appartement, des événements de Mai 68, se déroulant à ce moment-là...


Alors, tout d'abord, il est difficile de ne pas mentionner, la larme à l'œil, que c'est le tout dernier rôle du regretté Michel Blanc (pas le dernier film sorti, mais le dernier dans lequel il a tourné !) qui incarne, avec tout le talent et la bonhomie attachante qu'on lui connaît, un grand-père affectueux, aussi médecin souffrant d'anxiété sociale. C'est, avec Dominique Reymond, jouant son épouse, l'interprète qui se distingue le plus et de très loin de l'ensemble de la distribution. Les deux comédiens symbolisent un couple attachant dont l'amour a été endurci par les épreuves. C'est la seule véritable pointe émotionnelle que parvient à atteindre le film.


Pas pour la raison que les autres acteurs prêtant leurs traits aux autres membres de la famille ne sont pas bons, mais parce que le scénario étant mal écrit, leurs personnages étant mal exploités, ils n'ont guère le temps et la possibilité de faire aussi forte impression que Blanc et Reymond (je fais exception de la séquence de fouille pour William Lebghil, mais c'est tout !). Au mieux, ils sont résumés à un caractère mal défini (c'est le cas, notamment, pour Lebghil dans le rôle d'un des deux fils !) ou à quelques stéréotypes rapidement esquissés. Au pire, ils sont juste de quasi-figurants dans quelques plans (mention spéciale à la mère de famille qui ne sert à rien, mais à que dalle dans l'intrigue !).


C'est bien beau de la part du réalisateur Lionel Baier de vouloir donner un long-métrage au ton décalé, se voulant proche du cinéma de Wes Anderson, avec quelques idées de mise en scène se voulant originales, mais quand on a l'ambition de croquer le portrait d'une famille, on essaye autant que possible d'offrir à chacun de ses membres une personnalité consistante.


Pour en revenir à la mise en scène, c'est bien de vouloir faire joujou avec les transparences lors des trajets en voiture. Mais bon, là encore, l'immersion... Cela n'apporte rien narrativement. Et c'est visible à des kilomètres que c'est uniquement un cache-misère pour faire avec un budget limité. Ce qui est compréhensible et, dans un sens, pardonnable, car reconstituer plusieurs rues parisiennes de la fin des années 1960, en plus sur fond de troubles soixante-huitards, ça aurait coûté un sacré paquet de pognon. Mais bon, ces séquences n'étaient pas indispensables sur le plan de l'histoire (les seules autres scènes extérieures au logement familial se déroulant soit dans d'autres intérieurs, soit dans des endroits isolés et peu fréquentés !), d'autant plus que le fait que la famille s'enferme chez elle, la grande majorité du temps, aurait été une bonne occasion pour rester au maximum dans le huis clos (et, en conséquence, ne pas avoir besoin du cache-misère susmentionné !).


Ah oui, quitte à faire débarquer une certaine figure historique nationale très célèbre dans toute cette intimité, le minimum aurait été de choisir un comédien lui ressemblant physiquement et faisant un petit effort pour avoir à peu près la même voix.


Bon, pour conclure, je me contenterai de dire ceci : merci pour tout, Michel Blanc, et au revoir.



Plume231
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le 20 mars 2025

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