Mai 68. Rue de Grenelle dans le 6ème arrondissement de Paris.
Le garçon (Ethan Chimienti), âgé de 6 ans, vit dans un grand appartement avec père-grand (Michel Blanc), mère-grand (Dominique Reymond), grand oncle (William Lebghil), petit oncle (Aurélien Gabrielli), et son arrière grand-mère surnommée "arrière-pays" (Liliane Rovère, géniale dans ce rôle) en attendant que ses parent (Larisa Faber et Adrien Barazzone) viennent le chercher.
Mais ceux-ci occupent la Sorbonne et participent à la révolte étudiante.
Depuis le cocon familiale on entend que ça gronde, on voit que ça fume, on suit le déroulement des évènements à l'ORTF, mais on s'intéresse aussi à plein d'autres choses.
Notamment à un endroit bien précis de l'appartement où le garçon croit entendre miauler un chat qui se trouverait sous le parquet…
Bien sûr il y a l'émotion de retrouver Michel Blanc. Sa disparition soudaine en octobre 2024 a choqué beaucoup de monde (dont moi)-. "La cache" est le dernier film dans lequel il a tourné et on aimerait le voir en faire la promo. Malheureusement, ça n'arrivera pas.
Heureusement, l'histoire est prenante et très vite on oublie qu'il n'y aura plus de nouveau film avec l'ancien membre du Splendid pour profiter pleinement de sa dernière performance.
Lionel Baier, le réalisateur, nous prévient d'emblée que ce que nous allons voir est bien un film. Un film issu de ce qu'il a imaginé en lisant le roman écrit par Christophe Boltanski.
Autrement dit c'est la vision de son imagination.
Et c'est vrai qu'on traverse ce film comme on traverse un rêve. Il y a des choses cohérentes, réalistes, puis d'autres complètement farfelues mais qui ne dépareillent absolument pas l'ensemble.
N'oublions pas que le personnage principal est le petit garçon qui écrira le roman de sa famille en grandissant, et que chez un enfant l'imaginaire et la réalité se confondent souvent.
C'est un film plein de fantaisie.
Fantaisie visuelle, d'abord. Le réalisateur rend plusieurs fois hommage à Jean-Luc Godard (rassurez vous c'est le Jean-Luc des débuts, celui qui ne manquait pas d'humour dans son inventivité).
Fantaisie des personnages, ensuite. Lesquels ont tous une marginalité qui les rend difficile d'accès pour les autres (voisins, concierge, etc), mais qui les unit davantage.
Ce qui fait que l'enfant n'est absolument pas malheureux d'être laissé par ses parents qui de jour en jour au rythme de l'amplification du conflit repoussent le moment de venir le chercher. Il est comme un poisson dans l'eau au milieu de cette famille dont la fréquentation de chaque membre lui apporte de l'amour, du rire, l'encourage à l'imagination, et lui donne le goût de la liberté.
Il y a bien évidemment derrière toute cette légèreté une part plus sombre.
Si l'Histoire s'écrit en 1968, elle s'écrivait déjà en décembre 1942.
Le repli sur soi, les angoisses de père-grand, le handicape de mère-grand, les confusions de "l'arrière pays", les doutes des oncles sont autant d'épines sur le bouquet magnifique que composent chaque membre de cette famille.
Et toutes ces blessures, l'enfant les perçoit, les devine, les apprends, comme partie intégrante de son initiation.
Personnellement, j'ai également beaucoup apprécié les clins d'yeux à Jean Yanne (même si le "Alléluia garanti" est anachronique puisque de 1972, mais qu'importe, il est dans l'esprit).
J'ai adoré ce film (qui m'a donné envie de lire le roman) qui nous rappelle quelque chose auquel on pense rarement : c'est que derrière la jeunesse, la folie, la vitesse, la couleur et le progrès des années 60, il y avait encore toute la noirceur, la peur, la haine des années 40.