La Cache
5.6
La Cache

Film de Lionel Baier (2025)

Pour le cinéphile, attentif et appliqué, voici un lien internet quant au réalisateur Lionel Baier:

https://www.manufacture.ch/fr/1228/Lionel-Baier.

Cette œuvre cinématographique,  impertinente, absurde, burlesque, un tantinet surréaliste et ludique, tisse et brode  les us et coutumes de la grande famille des Bolkanski, dont le film est une libre adaptation du roman , La cache , qui reçut le prix Fémina en 2015 et dont l' auteur est Christophe Bolkanski.

L' idée de mise en scène réside dans les souvenirs du protagoniste principal qui , par sa voix off( celle de Christophe Bolkanski de nos jours ) , nous narre les évènements de sa famille et de lui - même à partir du 3 mai 1968 jusqu' au début de juin de la même année ( à cette époque Christophe Bolkanski est un garçon de neuf ans, incarné par  Ethan Chimieti). Ce long métrage, original et un tantinet burlesque, visualise ce qui se passe dans le cerveau du petit Christophe entouré de toute sa famille , un brin atypique. Dans ce grand appartement, outre le gamin , nous observons:
La surnommée " Arrière - Pays" ( arrière - grande mère ) interprétée par la cocasse Liliane Rovère, Mère-Grand ( comme dans le Chaperon Rouge ) , campée par Dominique Reymond, évidemment Père - Grand, incarné par  le très regretté Michel Blanc ( son dernier rôle sur la planète Terre.......), Grand Oncle  vit grâce  au talentueux William  Lebghil, Petit Oncle  revêt la silhouette d' Aurélien Gabrielli, Maman répond au nom de la comédienne Larisa Faber et l' acteur Adrien Barazzone rend Papa présent dans ce long métrage aux couleurs modifiées de la présence du passé lié a la cache , joyau viral de cet appartement parisien ancien. Tout cela  induit des idées de cadrage , originales, inventives et délicieusement étonnantes ,quant à la forme visuelle ainsi infusée et diffusée dans nos têtes de spectateurs ravis et positivement étonnés. Tel est  La cache qui  sauve la vie du grand-père de Christophe, aux environs de décembre 1942, au sein de cet appartement parisien durant la lourde nuit nazie et son eau de Vichy abjecte et non potable!

Je vous propose de lire un extrait d' un entretien du cinéaste Lionel Baier accordé, récemment, à Cineuropa:

"..............Cineuropa: 
Comment avez-vous choisi ce roman de Christophe Boltanski ?
Lionel Baier:
 Il m'a été proposé par la distributrice française de mon film La vanité , à l'occasion de sa sortie en 2015. Elle pensait qu'il pouvait m'intéresser. Je l'ai lu, et il m'a beaucoup touché. Je me suis demandé comment en faire l'adaptation, parce que le livre se déroule sur plus d'un siècle. Il prend chacune des pièces de la maison et raconte tout ce qui se passe dans ces pièces sur un siècle. Le livre m'a touché, parce que j'y voyais pas mal de points de référence avec des choses qui étaient proches aussi de ma famille. Puis, il me permettait de parler de la Shoah sans devoir faire un film historique. .......
 Cineuropa :
Vous mélangez plusieurs éléments créatifs. Quels étaient les aspects les plus importants pour le concept visuel du film?
  Lionel Baier :
J'ai choisi 1968, parce je me suis dit que c'est un endroit qui permet cette écriture un peu plus pop. C'est un moment où le rapport à la bande dessinée, le rapport au jazz et le rapport à l'art contemporain sont très présents dans la culture populaire. Ce sont des choses qui rentrent dans la publicité, dans les journaux. J'ai choisi une forme d'écriture, une forme de représentation du réel, qui est moins cartésienne. De plus, l'histoire est inspirée par les souvenirs d'enfance de l'écrivain et donc il fallait retrouver une forme d'écriture qui est aussi discontinue que celle des enfants. Nous, qui avons vécu longtemps, on a créé une continuité dans notre vie avec des causes et des conséquences. Mais le protagoniste n'est pas à l'âge d'avoir l'impression que le temps est une sorte de fil qui se déroule de façon linéaire. On peut jouer sous la table avec la petite voiture, ou être dans la vraie voiture avec les grand-parents, et les deux peuvent être aussi réels. C'est ce fil de la discontinuité qui est propre à un enfant. Une référence est Bergman avec Fanny and Alexandre, où il y a un mélange entre des choses très réalistes et fantastiques, parce que c'est vu à hauteur d'enfant........" ( Extrait du  site Cineuropa février 2025).
Sans rien  divulguer  , il faut signaler que le Général Charles De Gaulle est visible dans ce long métrage, implausible  et possible malgré tout, et que l' acteur qui incarne cette personne historique ( au pouvoir, en 1968) est interprété par Gilles Privat.
 Voici un second extrait de l' entretien de Lionel Baier accordé à Cineuropa :
".........Lionel Baier :
C'est pas dans le livre, évidemment, mais ça m'a toujours amusé. Le général De Gaulle a disparu pendant un petit moment de la journée du 29 mai 1968. Il part de l'Elysée, il ne dit pas où il va, et personne ne sait qu'il va à Villacoublay prendre son hélicoptère pour partir à Baden-Baden. J'ai toujours trouvé ça fou. C'est impensable, aujourd'hui, d'imaginer que Macron disparaisse pendant même 20 minutes, 30 minutes. On sait toujours où il est. Et je me suis dit, qu'est-ce qui a dû passer dans la tête de cet homme ? On savait qu'il était incroyablement dépressif, que sans doute, il ne comprenait plus rien à la situation. Et j'aime bien le fait que s'ouvre un possible. Dans une version de l'histoire, il est allé chez les Boltanski. Comme je crois que la fiction est aussi forte que le réel, à un moment donné, on a produit l'impossible. Comme pour le chat de Schrödinger, De Gaulle est à la fois là et pas là...... 
Cineuropa:
Vous avez dit que vous avez beaucoup filmé dans un studio. Pourriez-vous en dire plus sur la production du film ? 
 Lionel Baier:
C'est un film qui a été tourné pour la plus grande partie au Luxembourg. Le premier gros chantier du film, c'était l'appartement de la rue de Grenelle qui existe toujours. Christophe Boltanski m'a proposé de le voir, mais je ne voulais pas. L'appartement qu'on a construit, c'est une sorte de mélange entre l'appartement de mes parents, et des souvenirs, des choses que j'ai vues. On l'a fait reconstituer sur cinq cents mètres carrés avec neuf pièces. C'était vraiment incroyable, parce qu'il y avait trois tonnes de livres à l'intérieur. Ça sentait le vieux papier, le parquet. Même les parquets grincent, les portes ferment mal, comme dans une vraie maison. Pour le reste on a tourné dans des décors dans les rues de Paris, mais c'était juste avant les Jeux Olympiques de Paris 2024 et assez  compliqué. C'était plus simple de tourner une partie en Suisse à la place........" ( Source : Cineuropa, février 2025).
Certes, Lionel Baier lorgne du côté du cinéma de Wes Anderson.....Avec des hauts et des moins hauts ........
Il reste à noter cette échappée mémorielle nommée  " sur la route d' Odessa" avec Grand Papa et Christophe où le  poétique et le personnel cohabitent  en habits des  souvenirs mélangés aux  burlesques distingués du lieu ! Magnifique plan séquence qui clôt ce long métrage atypique !
On peut, raisonnablement , penser que Lionel Baier rend également hommage à The kid de Charles Chaplin..........Sublime scène virtuose !
Merci pour la lecture.
Gérard Michel 

Iloonoyeil
7
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le 25 mars 2025

Critique lue 68 fois

Iloonoyeil

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