José et Maria Ribeiro forment un vieux couple de Portugais vivant à Paris.Dans la grande tradition,monsieur est maçon et madame est concierge.Mais tout bascule le jour où José hérite de la maison et des terres viticoles de son frère,dans la vallée du Douro.Ce legs providentiel peut changer leur vie,mais presque personne dans leur entourage ne veut qu'ils partent car ces gens,qu'il s'agisse de leurs patrons ou de leurs familles,ont trop besoin de ces braves personnes corvéables à merci.Du coup,ces égoïstes tentent de saboter le départ des Ribeiro pour les garder à Paris.Ah le cinéma ethnique,ça ne marche pas à chaque fois,mais souvent quand même.Des Nordistes de Boon ou Baroux aux Noirs,Juifs et autres Latinos de Gilou,on essaie un peu tout,avec des fortunes diverses.Ruben Alves,réalisateur,scénariste et acteur d'origine portugaise,utilise donc son histoire familiale pour tenter sa chance à l'occasion de sa première réalisation.Il a coécrit le scénario avec Jean-André Yerlès et Hugo Gélin,celui-ci étant en outre coproducteur avec Danièle Delorme via leur société Zazi Films,associée à Pathé Production et TF1 Films.Du lourd donc,pour une oeuvre bien légère mais qui a cependant rencontré le succès,comme quoi sur un malentendu ça peut toujours marcher.Alves est sans doute sincère dans sa volonté affichée de rendre hommage à ses parents,sa mère était réellement concierge,mais ce comédien raté n'est guère plus doué pour la mise en scène et l'écriture.La lourdeur préside aux débats,et ce qui est censé être une comédie est rarement drôle.C'est médiocrement réalisé,genre caméra tétraplégique,et le récit fait du sur-place.La photo est moche,les décors aussi,et l'histoire se traîne lamentablement entre clichés moisis,séquences répétitives et rebondissements aussi mous que prévisibles.Il y a du fado,Linda de Suza et Amalia Rodrigues sont de la fête,des plats improbables à base de morue,de la passion pour le foot avec caméo de Pauleta incorporé,de la maçonnerie de pointe et des loges de bignoles impeccablement tenues,tout juste nous épargne-t-on les blagues sur la pilosité.Le fond de sauce est épaissi à la lutte des classes,avec ces infects patrons français ingrats qui veulent absolument essorer jusqu'à l'os leurs malheureux employés,qu'il s'agisse de l'entrepreneur en bâtiment qui se repose sur José pour sauver sa boîte,ou sur les copropriétaires de l'immeuble qui exploitent joyeusement Maria la multitâches à qui on fait faire tout et n'importe quoi du moment que ça rend service.Ceci dit Alves ne se contente pas de cette opposition binaire entre capitalistes et prolétaires,et il s'évertue à complexifier les choses avec une description de la famille des héros,qui n'est guère plus reluisante.La soeur de Maria,qui devait ouvrir un restaurant avec elle,n'accepte pas qu'elle la laisse tomber,pas plus que Pedro,le fils adolescent,n'encaisse de devoir quitter la France,ses habitudes et sa petite amie.Seule Paula,la fille aînée,fait abstraction de son intérêt et se réjouit pour ses parents,dont elle encourage le départ.Et le couple lui-même n'est pas épargné,sa gentillesse et son obligeance tournant à la bêtise masochiste.Du moins jusqu'à une révolte qui eût pu être savoureuse mais se révèlera aussi morne que le reste.Quant à la péripétie ultime,on la voit venir à des kilomètres.En fin de compte,"La cage dorée" tient plus de la fausse bonne idée que de la comédie originale et profonde apparemment visée.Le casting est inégal et aligne des performances très variables.Rita Blanco,inconnue par chez nous,est une star au Portugal mais n'est clairement pas au niveau et campe une Maria inexistante.Joaquim de Almeida est en revanche parfait en ouvrier massif et discret plongé dans un dilemme compliqué,et son autorité fait ici merveille.Roland Giraud est très bon en entrepreneur sympa mais faux-cul,et Chantal Lauby emporte le morceau,se montrant irrésistible en bourgeoise larguée en permanence à côté de la plaque,un emploi qu'elle approfondira les années suivantes dans la franchise "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?".Le charme capiteux de Barbara Cabrita opère en fille dévouée vivant un amour secret avec le fils du patron de son père,incarné par le toujours juste et séduisant Lannick Gautry.La chanteuse Nicole Croisille n'a pas souvent fait l'actrice et,si l'on en juge à sa prestation ici,elle a bien fait de s'abstenir tant son interprétation de riche vieillarde manipulatrice est artificielle.Jean-Pierre Martins est énorme en beau-frère qui précisément est un vrai beauf,macho,menteur et fainéant,tandis que le jeune Alex Alves Pereira,probablement de la famille du réalisateur,est très bien en lycéen pas content de devoir émigrer.Ruben Alves est transparent en ex de Cabrita,mais Cécile Cassel,qui joue sa copine,imprime la pellicule en une seule courte apparition.Alice Isaaz est ravissante et affiche une jolie présence dans l'emploi secondaire de la cible amoureuse de Pedro.Cécile Rebboah parvient elle aussi à exister en très peu de temps en clerc de notaire,alors que le duo de portugaises folklos personnifié par les regrettables Maria Vieira et Jacqueline Corado est simplement insupportable.