Il n’y a ni caravane ni feu dans La Caravane de feu : un aventurier dépossédé de ses terres monte une équipe pour braquer le fourgon blindé transportant les fonds de son spoliateur. Scénario classique, réalisation classique, montage classique, personnages classiques : La Caravane de feu est un western classique, mâtiné d’un peu de film de braquage.
On ne s’étonnera donc pas de trouver des rôles féminins réduits à la portion congrue, ni que le regard porté sur la tribu kiowa, quasiment un personnage collectif, n’ait rien de révolutionnaire. (Au passage, les Kiowa tels que le film les présente ne manquent pas de courage, et montrer leur colonne de femmes et d’enfants affamés comme des animaux n’a pas d’autre but que de montrer ceci : ils sont affamés, et quand on a faim on se conduit comme des animaux.)
Burt Kennedy a sans doute conscience de ce classicisme, par exemple quand il filme délibérément la scène de bagarre dans le saloon comme un passage obligé : elle n’a aucun enjeu dans le récit, y participe qui veut, et les figurants qui y assistent n’en attendent pas plus mais pas moins que le spectateur – ils veulent voir une bagarre, et c’est finalement assez drôle.
Reconnaissons que La Caravane de feu ne manque pas de rythme, et que le duo John Wayne / Kirk Douglas, qui sont visiblement ravis d’être là, fonctionne bien. Il se dégage d’eux une forme de bonhomie qui s’allie plutôt bien avec le cynisme discret dans lequel baigne tout le film : car ici, l’appât du gain tient lieu d’idéal, l’or seul décide des relations entre personnages, et quand une femme quitte son statut d’exploitée, c’est pour devenir la récompense d’un personnage secondaire.
Ce n’est pas moral, ce n’est pas bienveillant, mais le Far West n’est ni moral, ni bienveillant.