A priori, La Chaleur semble beaucoup moins ambitieux dans son propos que le précédent film de Stéphane Demoustier, L'inconnu de la Grande Arche. C'est exact, mais avec ce thriller en pleine canicule, dans un camping des Landes, le cinéaste réussit peu à peu à nous accrocher à son atmosphère singulière, qui montre à quel point le réalisateur de Borgo, même quand il change de genre, possède un ton bien à lui, comme une sorte de naturalisme teintée d'étrange, de manière à ne pas mettre toutes les cartes sur table et à laisser intentionnellement des failles dans ses récits, permettant de ne pas exposer d'arrogantes certitudes. C'est le cas dans La Chaleur, cet Adolescence-sur-mer, avec son premier protagoniste au caractère peu perméable, jeune ténébreux cependant tenaillé par les affres du désir. L'accident qui a lieu en tout début de film laisse certes planer un vrai suspense, mais ce qui intéresse Demoustier, une fois encore, serait-on tenté de dire, est d'évoquer les limites et les ambigüités de la vérité et de la justice, ici traitées à l'âge dit ingrat, qui est aussi celui de l'ouverture du champ des possibles. Hadrien Hussein est excellent dans un rôle difficile et pas franchement sympathique, largement au-dessus du reste d'une interprétation de comédiens non-professionnels assez inégale.