"J'ai dit rapidement, en mêlant un peu les mots et en me rendant compte de mon ridicule, que c'était à cause du soleil" (A. Camus, L'Etranger)
Demoustier enchaîne les films depuis quelques années sans s'arrêter, et je pense qu'il ferait bien de s'arrêter - et nous avec - sur ce film.
Penchons-nous là-dessus. Encore un peu plus. Voilà. Que voyons-nous ?
Nous voyons un film dont l'allure est brillante, la mise en scène honorable, avec une photographie assez belle pour un récit caniculaire (qui représente toujours une gageure côté technique), une direction d'acteur pas terrible en revanche, et un jeune et tout frais Hadrien Hussein qui se démarque des autres par sa présence de jeune brun ténébreux. (A vrai dire, on fait vraiment porter le film sur les frêles épaules de ce dernier, on a envie de dire au producteur d'arrêter de faire son radin et de débloquer une enveloppe pour embaucher des jeunes acteurs plus étoffés.) Ceci dit à porter au crédit du réal.
Le propos du film consiste clairement à nous plonger dans l'angoisse du protagoniste, qui voit sa vie bouleversée après la mort accidentelle d'un petit con de bully fan de l'OM. Nous le voyons faire face à cette mort refoulée dans le sable et la nuit dans un silence contrit, à travers lequel nous parviennent comme assourdis les paroles de son pote, de sa famille, de la petite copine de vacances que le bully a tenté de se faire, et que lui s'est faite sans trop se tracasser avec ces histoires de cul. L'ombre de celui qu'il a tué lui colle au corps autant que son t-shirt, qu'il n'ose enfin retirer qu'en présence de l'aimée.
Seulement voilà, tout ceci ne suffit pas à nous faire ressentir le vide du soleil, sa chaleur glaçante. La présence de l'équipe de recherche et des flics ne suffit pas à nous représenter le risque qu'encourt le protagoniste, et qui est d'oublier sans reste la présence du double, et ce malgré le fait qu'il ait laissé auprès du cadavre son "contact". Ce risque se dénoue à la fin de la façon la plus paresseuse possible, paresseuse quand on la met en perspective à ce qui a été amorcé dans les scènes de confrontation avec la mère du défunt, qui ignore jusqu'à la fin du film son malheur. La mère, un personnage trop légèrement traité. La parole sera non du côté de celui qui a véritablement perdu quelque chose de son enfance et qui commence à mesurer sa responsabilité, mais du côté de l'accusé. C'est dommage.