Avec La Chambre verte François Truffaut décide d'aborder un sujet moins léger qu'à l'habitude. Non pas un film sur la mort, celui-ci se place clairement comme une œuvre sur les morts, sur les rapports que nous entretenons avec eux et la façon dont nous les faisons perdurer. Ici Truffaut aborde l'idée que l'on se fait des disparus souvent avec une folle hypocrisie consistant à rendre leurs vies manichéennes, à les caricaturer en héros ou en salops. Cette idée, Truffaut y tenait tant qu'il alla jusqu'à incarner lui-même son personnage principal : Julien Davenne.


Une dizaine d'années après la première guerre mondiale, l'histoire suit un homme solitaire qui a perdu tous ses amis avec la guerre et sa femme seulement quelques mois après leurs noces. Confronté à ses démons, Davenne tente de faire perdurer l'esprit de ses morts par une espèce de fétichisme mémoriel qui se dresse assez nettement contre les vivants. Cette opposition, le personnage de Cécilia (Nathalie Baye) tente de la dépasser en n'oubliant pas d'aimer ceux qui sont encore là. Cette idée du souvenir, la mort de l'ancien camarade du protagoniste, Paul Massigny, va la sublimer. Au-delà même de ne pas oublier qu'on a aimé ces gens, Davenne montre qu'on peut aussi ne pas cacher qu'on les a haï. Vient alors le temps du bâtisseur lorsqu'il découvre la chapelle abandonnée qui lui servira de temple pour rendre hommage à ses disparus. Dans ce projet, Julien entraîne Cécilia, mais surgissent alors leur opposition radicale quant à Massigny qu'ils ont pourtant tous deux aimés et détestés.


Truffaut aborde ici des thèmes beaucoup plus sombres et mystiques que dans le reste de son œuvre globale, ce qui confère à La Chambre verte une place toute particulière et explique certainement son échec à sa sortie. Devant la figure de cet ami qui a fini par faire souffrir Julien Davenne et dans les mots prononcés par Truffaut lui-même apparaît en filigrane la figure de Godard comme représentation de Massigny. Ne compte alors que ce qui demeure de notre œuvre - et en effet Truffaut pensait ce que l'on fait plus important que ce que l'on est, contrairement à Sartre - et voilà pourquoi Davenne tient tant à ce qu'on allume un dernier cierge, comme un signe de pardon. Avec le temps tout s'en va, même la rancœur, aussi forte soit-elle. Demeure alors le très bel éclat de ces lumières qui confirment un travail esthétique méticuleux et très réussi (au même titre que ses deux autres films se déroulant à l'aube du XXème siècle, à savoir Jules et Jim et Les Deux Anglaises et le Continent). Un film poétique et éprouvant qui mérite bien mieux que de tomber dans l'oubli.


Mon cycle François Truffaut :
https://www.senscritique.com/liste/Cycle_Francois_TRUFFAUT/1753098

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le 12 juil. 2017

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MonsieurBain

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