Difficile de refuser l'assiette qui nous est tendue avec tant de jovialité par ce second long-métrage d'Ayumu Watanabe, qui m'avait très positivement marqué avec son premier film, Les Enfants de la Mer. A l’issue du visionnage, il m’apparaît que chacune des réticences que j'ai parfois pu ressentir s'est trouvée parée par une qualité. On pourrait relever une écriture qui a souvent tendance à s'éparpiller, sans pour autant recourir à des facilités scénaristiques évidentes. L'humour est certes parfois un peu caricatural mais l'explication apportée à certains running gags (celui des mouettes parlantes, notamment) est extrêmement bien trouvée. Comme souvent devant un film japonais, je me demande à quel point certaines blagues ont pu perdre de leur potentiel lors de l'adaptation des dialogues et de la traduction en VF. Ne parlant pas japonais, je serai bien en peine de pouvoir en attester sérieusement.
Il est par ailleurs intéressant de s'attarder sur les références assumées à Ghibli en général et à Mon Voisin Totoro en particulier. Là où de nombreux réalisateurs nippons ont tendance à prendre la tangente devant les sempiternelles comparaisons à l’œuvre de Miyazaki, Watanabe et son équipe confient volontiers avoir cherché cette parenté dès la lecture du manga que leur film adapte. Les clins d’œils sont suffisamment peu nombreux ne pas agacer, tout en restant finalement assez légitimes. L’une des scènes, qui reprend le plan d’attente sous la pluie de Totoro, a en effet été dessinée à l’époque par Sunhinji Kimura, ancien animateur pour Ghibli qui officie ici comme directeur artistique. On songera forcément aux héroïnes du grand maître en suivant l’histoire de Kikurin, sans toutefois que le trait ne paraisse forcé à aucun instant. La protagoniste est ici placée entre la candeur d’une adolescence encore douillette et les prémices d’un âge adulte précipité par les enfantillages continuels de sa mère. Le récit d’une année entre mère et fille est surtout celui du passage d'un âge à un autre, qui n’impliquera pas forcément la maturité fatidique que Kikurin semble vouloir s’imposer à tout prix.
Le film émeut par sa galerie de portraits tendres et sa bienveillance constante envers chacun de ses personnages. Sans nécessairement céder à de grosses longueurs de visionnage, le scénario perd parfois de vue ses thématiques les plus marquantes en tentant de brasser plus d’éléments que sa durée ne le lui permet. Pour autant, je n’aurai pas la mauvaise foi de dénigrer ce charmant récit, quand bien même il lui arrive occasionnellement d’avoir les yeux plus gros que le ventre, à l’image du personnage éponyme. À quoi bon dédaigner un adorable album photo de longues nuits d’été passées à manger des grillades entre amis et parents ? Le petit village portuaire où évoluent les personnages nous est rendu familier et attachant en tout juste un quart d’heure de film. En suivant les trajets entre l’école, la campagne, la forêt, le bus et le port, s’installe bel et bien cette quiétude chaleureuse qui était aussi l’une des grandes forces de Totoro. Cette référence-là, si elle n’est sans doute pas la plus délibérée ni la plus évidente, n’est certainement pas usurpée.