Vu au Nippon Connection Festival de Francfort.
La chanson de l'aube, film japonais des années 1970 archi-niche au vu des 3 pauvres notes sur Senscritique, se démarque par la modernité de son sujet : des agriculteurs dérangés par l'installation d'infrastructures touristiques qui dénaturent leur environnement. Sujet repris dernièrement par Ryusuke Hamaguchi dans le décevant Le mal n'existe pas, dont la fin agit comme une catharsis par rapport à son aîné. Le film évite le scénario manichéen, puisque les paysans, qui ne font que se défendre, sont aussi présentés comme violents et perfides. L'autre force majeure du film, c'est évidemment Tatsuya Nakadai, parfait dans ce rôle de père de famille bourru au regard pourtant félin, une performance feutrée qui explose seulement dans quelques scènes bien choisies. Je note aussi la présence de Shin Saburi, acteur récurrent chez Ozu (Le goût du riz au thé vert, Fleurs d'équinoxe), et dont c'est d'ailleurs le premier film depuis la mort du réalisateur. Il est aussi très convaincant en entrepreneur du cru qui mène un double jeu déloyal.
Passé ces quelques éléments positifs, c'est l'ennui total. Un bon tiers du film, et notamment la fin qui n'en finit pas de ne pas finir, est consacré à des adolescents qui batifolent joyeusement dans la nature luxuriante (on en profite d'ailleurs pour mettre à poil la jeune fille, faut pas se priver). Le film ne se prend parfois pas au sérieux, comme lorsque le personnage de Tatsuya Nakadai se bat contre des employés de l'entreprise de construction à coup de barres rouges et blanches, plagiant férocement les nombreux films de samouraïs de l'acteur. Ou quand le film montre des images d'impressionnantes explosions de montagnes dans la fin déjà mentionnée. Les personnages sont tous assez caricaturaux, entre le jeune qui veut se faire bien voir par son oncle caché, l'entrepreneur peu scrupuleux, et finit par trahir les siens (ou pas ?), la jeune fille qui pardonne tout à son père violent contre sa mère et elle, l'entrepreneur qui ne pense qu'au fric et donc le paysan qui n'est que bourru et brusque (sauf quand il dit au revoir à sa fille, ouf). La musique prend une place prépondérante dans le film, ce qui aurait pu être positif si elle était agréable, mais c'est malheureusement tout le contraire. Heureusement que ces éléments ratés rendent le ton plus léger, puisque l'intrigue n'est pas la plus optimiste de l'histoire du cinéma... Bref, un film niche à voir principalement par amour pour Tatsuya Nakadai.