Non, mon titre, il est bien joli mais fort présomptueux et passablement faux. Parce qu'on n'a pas vraiment attendu 1939 pour faire des westerns à Hollywood.
Je n'avais pas encore établi la critique de ce monument du cinéma que je connais depuis des lustres. Jusqu'ici, ma liste de westerns ressemblait à ces uniformes (de la cavalerie) à qui il manque un bouton. Décemment, ça ne pouvait pas le faire et il fallait que j'y remédie.
Ce film, puisque tout le monde le dit, est une transposition au monde du western de la célèbre nouvelle "Boule de suif" de Maupassant. Et c'est bien, car l'homme, où qu'il s'installe, va s'entourer obligatoirement du même échantillon de population avec des gens honnêtes ou pas, avec des gens de haute ou basse moralité, avec ceux qui boivent et ceux qui jouent, ceux qui s'enrichissent au détriment des autres … Et si on rassemble dans un endroit clos un échantillon équilibré de cette population, il y a fort à parier qu'on aboutira à la même histoire. Parce que, bien entendu, ici, comme chez Maupassant, les personnages réprouvés ou mis au banc de la société, la prostituée, le bandit et l'ivrogne vont se révéler être les seuls à avoir du cœur lorsque les difficultés ou les problèmes surviendront.
"Stagecoach" est un western de personnages, de leurs relations entre eux et de l'évolution du regard qu'ils auront à porter sur autrui. Mais le spectateur, lui aussi, devra faire évoluer son regard sur les personnages entre la première image servie par Ford et celle qu'il va découvrir peu à peu.
S'il me fallait choisir une scène qui définisse le film parce qu'elle porte en elle-même une grande force, une intense émotion et surtout une belle foi en l'avenir, je choisirais sans conteste l'entrée dans la salle de l'auberge, de Dallas, la prostituée, honnie, portant serré contre sa poitrine, le bébé qui vient de naître … Le visage de Claire Trevor, transfiguré ou apaisé, est absolument inoubliable.
Bien sûr, c'est le western qui met sur le devant de la scène un John Wayne qui tourne pour la première fois avec Ford avant de devenir cet acteur charismatique qu'on connait. Il faut dire que son entrée en scène avec son portrait en gros plan est particulièrement réussie.
C'est aussi le western qui est tourné dans la zone, désormais classique, de Monument Valley. Les quelques scènes d'action, en particulier la fameuse chevauchée, sont mémorables.
Même la musique s'adapte parfaitement à la situation. J'apprécie toujours la transition lors de la scène de la chevauchée, alors que tout est perdu, qui fait apparaitre peu à peu le son du clairon sonnant la charge, signalant ainsi l'arrivée de la cavalerie …
Oui, c'est un excellent western qui porte en lui bien des germes de ce qui fera un bon western (classique). Même si on peut préférer d'autres westerns plus puissants ou même plus intéressants, de Ford ou d'autres cinéastes, je vais oser surnoter légèrement ce western chargé de symboles. Si j'étais honnête, je devrais me contenter d'un beau 9. Mais je ne le suis pas. Ce sera donc 10.