Relatant avec une certaine exactitude (l'aide des Pakistanais et Malaysiens de l'UN ont été escamotées par le scénario) les évènements du 3 au 4 Octobre 1993 à Mogadiscio, Black Hawk Down se permet donc de montrer le "God of War" (soit l'appareil militaire US) mis à genoux par le SNA (Somali National Alliance) dirigé par Mohamed Farrah Aidid.
Ce qui ne devait être qu'une opération visant à arrêter deux des Lieutenants d'Aidid (Omar Salad et Abdi Hassan Awale), se termina en deux jours d'affrontements musclés.
En effet, alors que les soldats du Task Ranger Force descendaient en rappel de l'hélicoptère de combat MH-60 (nom de code Black Hawk), le pilote de celui-ci dû éviter un tir de roquette, ce qui déséquilibra le soldat Todd Blackburn.
Il chuta de 10 mètres de hauteurs et tandis que ses collègues lui portaient secours, les miliciens du SNA lancèrent une autre roquette sur le Black Hawk.
Ce fut alors l'escalade dans la violence...
Cet évènement peu glorieux pour l'appareil militaire US, fut relaté dans le livre de Mark Bowden dont les droits furent rapidement acquis par Jerry Bruckheimer, à la demande du réalisateur Simon West.
Celui-ci voulait donc le réaliser mais il préféra en fin de compte se tourner vers l'adaptation du jeu Tomb Raider (et le monde l'en remercie, sans quoi Black Hawk Down eût été un film mal foutu !!).
C'est donc Ridley Scott qui prit la place du réalisateur, tandis que le script fut écrit par Ken Nolan, sur la base du premier draft effectué par Bowden lui-même...mais pas que !
En effet, des réécritures furent effectuées par:
- Steven Gaghan (Traffic et Syriana),
- Ezna Sands (Chloe and Theo),
- Steven Zaillian (Mission: Impossible),
Même si le nombre de personnages du film fut drastiquement réduit (on passe ainsi de 100 à 39) et si quelques menus arrangements virent le jour:
- la question quant à l'utilité première de la mission ayant abouti à cet échec,
- celle concernant la brutalité de la guerre dans ce contexte précis,
- quelques exactions de certains soldat, comme la scène décrivant un prisonnier blessé giflé gratuitement,
- les victimes collatérales civiles (plus de 1000) lors de cette mission de sauvetage,
- l'implication "intensive" de l'armée US (qui a même prêté ses appareils du 160ème Régiment Spécial des Opérations Aériennes et l'emploi de consultants militaire uniquement, au détriment de celui des Somaliens,
- le soldat Grimes du film s'appelait en fait Stebbins, mais comme celui-ci fut jugé et condamné en Cour Martiale pour de graves faits, son nom fut escamoté...
Malgré ces franches coupures du script original, la majeure partie reprend les évènements tels quels..., et ce, même si Scott n'a pas mis en place les raisons de cette guerre civile en Somalie.
En effet, tout est venu du régime du Président Communiste Siad Barre (oui, des Communistes en Afrique, ça a existé !) qui ne supportant pas les critiques sur sa manière de diriger le pays, fit abattre bon nombres d'opposants via sa garde rapprochée (les "Bérets Rouges") et officieusement, il est dit que c'est Barre lui-même qui fit exécuter l'Archevêque Pietro Salvatore Colombo le 09 juillet 1989, ce qui mena à un mécontentement grandissant de la population.
Mais vinrent ensuite les arrestations arbitraires de quatre Sheik, puis le massacre de 48 Isaaq (l'un des clans les plus vastes en Somalie) sur la plage de Jazeera(sans compter les persécutions plus ou moins cachés des Musulmans, Barre étant Catholique), une alliance entre les 4 clans rebelles contre le gouvernement Barre se forma.
Le chef auto-proclamé Mohamed Farrah Aidid n'est donc pas réellement le bad guy représenté dans le film, car en fait, il était le leader de la rebellion contre un gouvernement autoritaire intolérant envers les autres religions ET la liberté d'expression.
De plus, il était ouvert aux négociations de paix mais les envoyés des Nations Unies refusèrent de participer aux pourparlers et la tension monta encore d'un cran, avant de finalement aboutir à ce qui est raconté dans le film..., la faute aux Occidentaux bornés voulant interférer politiquement dans le futur gouvernement Somalien, rien de neuf, donc...
Tourné au Maroc (les villes de Salé et Rabat figurant le Quartier de la Mer Noire de Mogadiscio) avec un casting 5 étoiles, Scott livre le meilleur film de guerre moderne: sale, brutal et désespéré.
Car - contrairement à la majorité des films de ce genre -, l'ennemi ici n'est pas une armée étrangère, mais une partie de la population qui adhère aux idées d'un chef de guerre auto-proclamé.
Même si la toute fin du film tend un peu trop vers un patriotisme exacerbé, Black Hawk Down dans sa globalité, est un film puissant et sans concession sur un échec cinglant d'une Super-Puissance (puisque Clinton demanda le retrait de ses troupes de Somalie en 1994) contre une horde de civils n'ayant rien à perdre, sinon se battre pour leurs idéaux (même si ceux-ci ne sont pas totalement louables)...
Ridley Scott était encore un vrai réalisateur à cette époque, ce qui est d'autant plus regrettable au vu de ses dernières performances...