C'est très bien fait, je reconnais de vrais talents à Lucrecia Martel, et il y a un petit côté bonus lié à la retranscription d'un parfum argentin du début du XXIe siècle. Néanmoins ce genre de chronique familiale basant absolument tout sur une ambiance diffuse et non sur une narration d'actions au sens conventionnel, en plus du thème sous-jacent (la décrépitude de la classe bourgeoise), ne me paraît plus aussi perspicace ou appréciable qu'auparavant. J'imagine que j'aurais beaucoup aimé "La Ciénaga" si je l'avais découvert 10 ou 15 ans plus tôt.
Malgré tout, le film a un côté assez saisissant par son atmosphère, sa gestion de l'ambiance sonore (toujours quelque chose en arrière-plan, une musique, un coup de feu, un truc qui tranche), il parvient à cultiver une étrangeté légère et bienvenue. Je trouve regrettable ce choix de tout miser sur une sensation générale, une symbolique pas toujours évidente, car cela a pour effet de délaisser le pragmatisme du récit concernant les familles. Il n'est pas rare qu'on soit un peu paumé avec tous ces enfants, toutes ces déviances, tous ces dysfonctionnements. Il y a de l'alcoolisme, des procès d'intention, des bonnes amérindiennes maltraitées, des blessures, et un rapprochement entre deux familles au travers d'accidents qui frappent des enfants. C'est en tous cas un processus narratif déroutant, pas énormément dérangeant, mais d'une forme de sophistication qui aurait pu être beaucoup plus efficace en ce qui me concerne.
Restera cette ambiance poisseuse, c'est une certitude. Cette piscine remplie d'eau croupie, cette vache sombrant dans la boue d'un marécage, ces visages d'enfants aux multiples cicatrices, ce rapport au sexe incertain. Chronique étouffante dans sa chaleur moite et dans les échecs de cette petite bourgeoisie.