Je mets les points parce que c’est fun, généreux et animé d’une vraie envie de divertir, mais n’étant pas spécialement le cœur de cible de ce genre d’humour better faster stronger, je ne me suis pas non plus fait les abdos pendant la séance.
Et puis il y a ce petit truc qui me fait toujours redescendre sur terre : tu regardes le film en te disant que tout le monde s’amuse sincèrement dans cette grande foire bon enfant, puis tu apprends que Keanu Reeves s’est mis un million de dollars dans la poche pour jouer un homme-clébard non crédité au générique, tellement grimé qu'on ne reconnaît pas sa trogne. Le petit pourboire, quoi.
M’enfin, revenons au film, parce que même si ce n’est pas totalement ma came, il faut reconnaître qu’il y a là-dedans largement de quoi rassasier les amateurs d’humour débile soutenu par une vraie créativité visuelle. La plu-value de Freaked est clairement le savoir-faire aux manettes pour créer une galerie de personnages complètement allumés, aussi bien physiquement que mentalement. Difficile de nier qu’on est face à un OVNI maîtrisé, dans la lignée de certaines productions Troma, même si je préfère personnellement leur esthétique plus foutraque.
Ici, tout est presque trop propre, trop carré, à l’image du maquillage hallucinant qui transforme Alex Winter en bulldog dégoulinant pendant près d’une heure et son alter ego de 10 piges par la suite. C’est paradoxalement presque trop réussi pour un objet censé carburer au mauvais goût.
Et pourtant, malgré mes réserves, impossible de nier l’énorme capital sympathie du film. J'ai beau avoir trouvé ça largement too much en plus de m'être fait flinguer le crane par un rythme qui ne se pose jamais — j'ai besoin de respirer entre deux attaques —, puis certaines vannes me sont passées au-dessus de la tête, et pourtant j'ai passé un bon moment.
Cette créativité permanente, cette envie constante de proposer des idées absurdes à chaque plan, finit par rendre le film franchement attachant. Je ne le reverrai probablement jamais, mais je suis à peu près certain de m’en souvenir longtemps — ce qui n'est pas rien.