J’ai toujours un peu de mal avec les critiques qui cherchent à défendre une œuvre extrême uniquement parce qu’elle aurait un propos intelligent derrière. Comme si un message suffisait à justifier tous les choix artistiques. Même l’œuvre la plus simple ou la plus excessive cherche forcément à provoquer quelque chose. Elle peut vouloir faire réfléchir, choquer, divertir ou simplement faire ressentir une émotion.
À mes yeux, le plus important n’est donc pas seulement ce que l’œuvre veut dire, mais surtout la cohérence entre son propos, son univers et la manière dont elle décide de l’exprimer.
Et c’est justement pour ça que je trouve que Wicked City fonctionne. Le film sait exactement ce qu’il veut être. Il ne cherche pas à rendre son univers réaliste ou à cacher ses excès. Il mélange horreur, érotisme et fantastique avec une sincérité totale. Même ce qui peut sembler gratuit au premier regard participe à l’expérience proposée.
Et cette gratuité peut même devenir une force.
Regarder une œuvre violente, c’est aussi accepter d’être bousculé. Le cinéma n’est pas toujours là pour rassurer ou rester confortable. Parfois, il cherche à provoquer une réaction physique, un malaise, une fascination. Bien sûr, cela dépend des limites de chacun, de ce que l’on accepte de voir et de notre propre rapport à la violence.
Wicked City est avant tout une histoire d’amour entre un humain et une démone. Mais derrière ce concept simple se cache une question intéressante : est-ce que deux êtres issus de mondes totalement opposés peuvent réellement coexister ? Est-ce que la différence doit forcément mener au conflit ?
Et le film répond clairement que non.
Il croit à la possibilité d’un équilibre entre des êtres qui semblent pourtant incompatibles. C’est une idée presque naïve, mais aussi profondément romantique : le mal et le bien ne sont pas forcément condamnés à se détruire éternellement. Une créature monstrueuse peut aussi ressentir, aimer et protéger.
Évidemment, cette vision dérange. Certains personnages refusent cette idée et veulent maintenir une séparation totale entre ces deux mondes. Du côté des démons les plus extrêmes, il n’est pas question de coexistence : il faut corrompre, détruire et salir ce qui représente l’innocence et la beauté.
Et ils ne vont clairement pas y aller avec délicatesse.
Wicked City est une œuvre très graphique, aussi bien dans sa violence que dans sa sexualité. Mais ce n’est jamais complètement gratuit : cette brutalité fait partie de son univers. Le film parle de monstres, il montre donc un monde monstrueux. La violence n’est pas forcément glorifiée ; elle sert aussi à montrer la difficulté d’accepter quelque chose qui nous dépasse.
Le film possède cette esthétique particulière de l’animation japonaise adulte des années 80 : un mélange de noirceur, de sensualité, d’excès et de créativité. Une époque où certaines œuvres n’avaient pas peur d’aller trop loin, parfois au risque de déranger.
Tout n’est pas parfait. Le rythme connaît quelques petites cassures et certaines transitions peuvent sembler maladroites. Mais pour l’expérience qu’il propose, cela reste secondaire. Wicked City fonctionne avant tout comme un voyage sensoriel. C’est une œuvre qui cherche moins à convaincre qu’à immerger.
Au fond, le film parle peut-être simplement de l’acceptation de ce qui nous effraie. Accepter sa propre part de monstruosité, non pas pour devenir un monstre, mais pour apprendre à vivre avec elle.
Allez-y si vous cherchez une expérience intense, sombre et sensuelle, avec ce goût particulier de l’animation adulte des années 80. Wicked City est loin d’être parfait, mais il possède quelque chose de rare : une identité.