Re-visionnage.


En 1987 sort le premier film réalisé uniquement par Yoshiaki Kawajiri, adapté du premier tome de la série de romans portant le même nom et écrite par Hideyuki Kikuchi. Kawajiri portera plusieurs casquettes à la conception de ce film, celle de réalisateur, scénariste, dessinateur et animateur principal. C'est cette main mise qui fera de cette œuvre la sienne, lui qui a ce style graphique si particulier.


J'ai découvert Wicked City il y a deux ou trois années de cela, sur une plateforme de streaming. Si jamais vous n'avez pas vu le film il est tout de même possible que vous ayez vu des images de ce dernier, son esthétisme et certains de ses plans étant souvent repris pour des vidéos d'ambiance synthwave trouvables sur youtube et ailleurs.


En tout cas moi je partais de zéro. Je ne savais rien du film ni de son auteur. C'est séduit par l'affiche que je lance le long-métrage. Lorsque l'on découvre Wicked City sans rien savoir du film, on est très vite gagner par l'étonnement si ce n'est la surprise totale. D'abord par une ambiance qui me dit que j'ai bien fait de m'être laissé porter par l'affiche. Puis, par une scène de sexe qui évolue de manière si insoupçonnée que je me demande ensuite ce que j'ai bien pu lancé. Le ton est donné.


De quoi parle Wicked City ? Petite mise en contexte. Il y a notre monde, celui des humains. Parallèlement à notre monde il y a celui qui est obscur, le monde des démons. Ces deux mondes tentent de cohabiter en harmonie grâce à la signature d'un traité de paix. Ce dernier ayant bientôt expiré, un prochain devra être signé. Cela ne peut se faire sans la signature de Giuseppe Mayart, venant du monde des démons. En attendant que le traité soit signé, il devra être protégé par les personnages principaux du film, l'humain Taki Renzaburō et la démone Makie. Tout ne se passera pas comme prévu puisque des démons tenteront d'intervenir afin que ce traité ne soit jamais signé, ce qui provoquerait une guerre entre les deux mondes.


Voilà les enjeux posés. Des enjeux qui paraissent assez alléchants. On sent durant les premières scènes qui s'écoulent le potentiel dramaturgique du film. Nous suivons tout d'abord le garde du corps humain Taki, qui est le héro du long-métrage. De la première scène à sa rencontre avec Maki, le film annonce de belles promesses. C'est lors de l'arrivée de l'homme à protéger Giuseppe Mayart, vieillard pervers, que le film montre ces premières et principales limites.


De par son esthétisme visuelle et sonore très marquée, Wicked City est un film aussi plaisant à suivre qu'il est austère de par sa violence et ce mal qui rôde. Ce personnage de vieillard obsédé (figure bien connue de la Japanimation) dénote toujours assez sévèrement de l'ambiance générale. Même si cela m'a semblé moins prononcé que lors de mon premier visionnage, il prend tout de même beaucoup de place. Rarement pour le meilleur.


De plus, là où le film semblait placer ses pions en annonçant des enjeux forts, on sent à peine le deuxième acte entamé que le plafond de verre risque de ne jamais être dépassé, le film préférant en effet passer le plus clair de son temps sur une traque. Nos trois personnages contre les démons qui tentent de les tuer. Un scénario qui selon moi peut être considéré comme décevant par rapport à des enjeux qui semblaient prometteurs. Et si ce n'était pas grave?


Wicked City est un film d'ambiance. Si le scénario est mince, c'est toute sa forme qui tient le spectateur et pourrait le pousser à revoir le film plus tard. Le rythme est totalement digeste, soutenu avec des transitions rapides sans que les scènes ne paraissent trop vite expédiées. Tout comme l'animation, alternant parfois des plans fixes puis lors des scènes d'actions la fluidité du mouvement est juste bluffante. Les facilités scénaristiques sont à pardonner ici, d'autant plus qu'elles ne sont pas particulièrement dérangeantes. On pourrait en effet se dire "tiens, un démon ici. Comme par hasard" sauf qu'en vérité cela donne un joli effet, faisant croire au spectateur que le danger et partout et que comme les personnages, il n'aura aucun moment de répit.


Aujourd'hui appelé "Wicked City" aussi en France, il fut un moment appelé chez nous "La Cité Interdite". Le moment de dire que le film porte bien son nom. Le film est d'une violence monstrueuse, ses monstres sont monstrueux (amateurs de Junji Ito, régalez-vous), et ses représentations sexuelles (je ne fais ici même pas allusion aux nombreuses pénétrations non voulues) sont monstrueuses. Un film qui pourrait donc rendre certains interdits devant l'écran.


Parlons d'un très grand point fort du métrage : la bande-originale. Que ce soit des morceaux plutôt jazzy du début aux grandes envolées dreampop sans oublier des orgues obscurs ramenant aux grandes heures de Castlevania, c'est vraiment très goûtu musicalement. Mention spéciale aux moments de romance, d'une douceur.


On en revient donc à cette fameuse ambiance, qui est le mot le plus important pour caractériser ce film. Wicked City, c'est une ambiance. On peut ne pas y être sensible mais pour moi elle excuse tout ce que l'on pourrait reprocher au film. Le fait d'être aucunement subtil ou parfois trop vulgaire, Kawajiri ayant été plusieurs fois considérer comme indécent dans sa façon de montrer du contenu jugé trop explicite. Je justifierai ces deux choses encore une fois par le titre du film, j'estime que dès les premières minutes le spectateur sait très bien ce qu'il va avoir sous les yeux durant 80 minutes, à lui de savoir s'il veut rester.


Concernant les thématiques abordées, il y a la notion de la différence qui est évoquée. À quel point être du monde obscur conditionne oui ou non ce que nous sommes, mais disons que ce n'est jamais réellement traité avec profondeur. Je ne pense que pas que le but de ce film soit d'inculquer un quelconque message.


Wicked City, c'est un premier film qui est pour moi très notable dans son genre et son style. Des chara design marquants, une animation superbe, une photo très soignée, une musique mémorable.. Kawajiri signe un film aux forces certaines, pour un rendu qui n'est pas parfait mais qui n'a jamais cherché à l'être. Il est ce qu'il devait être : un objet audiovisuel intéressant qui avec le temps, donne envie qu'on y retourne.

starlessnassim
7
Écrit par

Créée

le 28 déc. 2022

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