Titre trompeur pour le dernier film du réalisateur danois qui semble avoir mis beaucoup d'eau dans son vin. En effet, le projet de la communauté dans les années 70, initiée par un couple, Erik architecte et Anna présentatrice du journal télévisé, ne constitue qu'un prétexte ou une toile de fond au désenchantement qui attend la journaliste. Une histoire hélas bien banale que celle de la femme mûre accusant les premiers signes du vieillissement, délaissée au profit d'une jeunesse ô combien plus affriolante.
On n'arrive guère à éprouver de la sympathie pour ces deux-là : l'architecte, près de ses sous, qui ne souscrit après tout au projet qu'avec des arrière-pensées intéressées, est suffisant et imbu, tandis que sa femme sous des apparences libérées et ouvertes, réagira le temps venu avec la violence et l'amertume bien légitimes. Outre que cette énième variation sur la durée du couple phagocyte le film, elle nous frustre aussi que les autres membres de la communauté soient traités en arrière-plan de manière caricaturale : l'impression qui surnage étant celle de voir de gentils oisifs baba cool qui passent leur temps à table à manger et surtout à boire. Et il est vrai que ça picole sec, même une bouteille traîne sur le bureau de l'architecte à l'université.
On est décidément bien loin de l'esprit subversif et autrement plus stimulant de Festen, mais bientôt vingt ans auront passé : comme son héroïne Anna, le réalisateur s'est assagi, embourgeoisé et a tout simplement vieilli. La tristesse finit ainsi par gagner le spectateur, de plus en plus agacé par ce vaudeville chic et bobo avant l 'heure.