Une conspiration en manque d'inspiration
Après le mitigé Loups et Agneaux, Robert Redford revient à la mise en scène avec La conspiration, inédit en France, et sorti directement en DVD. Choix étonnant pour un film qui réunit des comédiens reconnus, tels que James McAvoy, Robin Wright ou Evan Rachel Wood, dirigés par une star mondiale. Après visionnage, on s'offusque beaucoup moins de sa non sortie en salles.
1865, Abraham Lincoln, se fait assassiner, au théâtre, par John Wilkes Booth. Un procès militaire est donc engagé pour juger les instigateurs de ce complot. Un jeune avocat, Frederick Aiken (James McAvoy), héros de guerre de l'armée de l'Union, accepte de défendre Mary Surratt (Robin Wright), accusée de complicité, pour avoir hébergé l'auteur du crime.
La Conspiration impressionne surtout par sa forme, qui nous donne une reconstitution précise et quasi-parfaite de l'époque, grâce au gros travail de recherches du scénariste James solomon pour cerner la façon dont les gens s'exprimaient, ou à la vérification de l'authenticité des décors et des évènements par des historiens. Les couleurs influencées par l'autochrome, procédé de film couleurs inventé vers 1900 par les frères Lumières, évoque cette période du film « avec la subtilité chromatique et les effets de transparence qu'elle traduit », comme précise Redford. Hélas, le propos est réservé aux spectateurs du pays de l'oncle Sam ou aux connaisseurs les plus aguerri de la guerre de sécession. La Conspiration effleure seulement les enjeux qu'engendre ce procès, pour le pays, ainsi que pour cette paix récente et fragile, préférant se concentrer sur la relation « mère/ fils » entre Mary Surratt et son avocat. Cette direction efface peu à peu notre intérêt, jusqu'à nous faire tomber dans un profond ennui. La caricature n'aide pas non plus, avec un Frederick Aiken héroïque, patriote et altruiste, préférant laisser sa place à son ami, afin qu'il reçoive les premiers secours durant une bataille, ou cette scène finale très pompeuse, à base de ralentis, de caméras subjectives, de musique dramatique, utilisés comme artifices pour nous faire sortir une larme.