Hitchcock est un facétieux. Il aime nous faire tourner bourrique et il adore encore plus torturer ses personnages. Même dans ses films les plus sérieux, il tient à conserver une mordante ironie. Pour son premier film en couleur, et en full huis clos, il va encore nous asséner un beau tour de forces.
Le double miroir inversé
Ici, c'est simple : on connait les coupables dès le début. La première scène est sans ambiguité. Un meurtre à la corde par plaisir de démonstration de supériorité intellectuelle (supposée). Enfin pour l'un des deux protagonistes. L'autre est moins à l'aise. Le premier trope hitchcokien : le duo asymétrique. Le maléfique manipulateur (Brandon) essaie d'emporter son double faible (Philipp) dans son petit plaisir. Car ce n'est que le début de la séance sado maso. Oui, car, le plus drôle (pour Brandon), c'est que maintenant, des invités vont débarquer pour la soirée et que la victime est cachée dans le coffre au milieu de l'appartement. Le meurtre devient simple prétexte à un jeu.
Le plan séquence
Ce film se vit comme une pièce de théâtre (d'ailleurs, il est tiré d'une pièce, elle-même inspirée d'un crime réel), grâce au huis clos, ses décors de skyline qu'on sait factices, et à un nombre d'angles de caméras limités dans l'appartement, Hitchcock voulait n'en faire qu'un long plan séquence : techniquement impossible à l'époque. Il l'a remplacé par 11 plans séquence. Ce qui nécessite évidemment de la méticulosité dans la préparation de chaque plan et le jeu des acteurs. Mais ça marche et ce n'est pas gratuit : ces longs plans augmentent la tension. La panique de Philip monte, Brandon jubile encore plus. Mais Rupert flaire une affaire. Nous allons reparler de Rupert.
L'ironie permanente
Déjà, cette ironie est constamment présente chez Brandon, l'instigateur du meurtre. Il se fait un malin plaisir de taquiner son acolyte torturé tout au long du film, mais aussi de jouer avec tous les invités chacun pour des raisons différentes. Mais surtout avec Rupert Cadell / Cary Grant, le professeur de philosophie, inspirateur malgré lui de ce meurtre, spécialiste qu'il est de philosophie morale et théorie élitiste. Mais celui-ci n'est pas dupe ni en position de subir. C'est le Hercule Poirot de l'histoire. Et évidemment, c'est Cary Grant, et son jeu toujours en second degré et élégance narquoise. La question du film : les coupables seront-ils démasqués ? C'est aussi simple que ça.
Un film de pur plaisir, mais qui finalement, nous dit d'autres choses, au sortir d'une guerre lancée par un groupe d'homme convaincu de la supériorité de sa race : la fascination pour la supériorité intellectuelle mène à la déshumanisation.
Brandon n'est pas un génie, c'est le produit d'une théorie mal digérée.
Mes meilleurs films d'Hitchcok : https://www.senscritique.com/top/les_meilleurs_films_d_alfred_hitchcock/4204131