Pour son premier film en couleur, Alfred Hitchcock s’était lancé un grand défi : réaliser un film qui semblerait n’être tourné qu’en un seul plan séquence. Ce projet ambitieux était irréalisable pour des raisons de technologie. Les caméras de l’époque ne pouvait pas tourner plus de 10 minutes d’affilé. Les 80 minutes de La Corde sont donc combinées en une dizaine de plans séquences. Trichant habilement pour masquer les raccords, Hitchock parvient à nous immerger dans un huis clos court mais intense de par cette impression d’un plan-séquence unique.


Tout commence par un cri étranglé. Tout commence par un meurtre. Brandon et Philip, un couple d’étudiants bourgeois, étranglent un de leurs camarades, David. Le spectateur comprend vite que Brandon domine Philip, le traitant comme un enfant et donnant parfois l’impression d’avoir organisé ce meurtre comme rite de passage à l’âge adulte. Sûr de son intelligence et de son irréprochabilité, Brandon pousse le vice jusqu’à inviter la fiancée et les parents de David ainsi que leur professeur préféré, Rupert. Commence alors un dîner glauque où Brandon multiplie les actes arrogants mais où il va très vite déchanter en voyant son compagnon perdre peu à peu le contrôle et devant la suspicion croissante de Rupert.


Un aspect intéressant du film est qu’Hitchock n’explique pas les raisons qui auraient poussé le couple à tuer. Était-ce un fantasme morbide ou un quelconque acte de vengeance ? Cette zone d’ombre s’avère frustrante, mais également terriblement angoissante. Que peut bien pousser deux jeunes gens, dont l’avenir leur tend les bras, à étrangler un de leurs amis ?


La Corde est une œuvre très théâtrale, faisant penser à un ballet de par les déplacements constants de la caméra. Le film est d’ailleurs basé sur la pièce de théâtre Rope de Patrick Hamilton qui fût jouée en 1929. Le jeu d’acteur est très réussi et le duel Brandon/Rupert est magistralement orchestré. L’arrogance du jeune homme n’a d’égal que la perspicacité du professeur.


David a été tué par Brandon et Philip avec une corde dans le salon. Rupert a gagné. Fin de la partie.

Vincent-Ruozzi
8

Créée

le 12 avr. 2016

Critique lue 2K fois

Vincent-Ruozzi

Écrit par

Critique lue 2K fois

51
3

D'autres avis sur La Corde

La Corde

La Corde

8

Ugly

1825 critiques

Défi en 8 plans-séquences

La Corde, c'est d'abord une prouesse technique ; il s'agit non seulement du premier film en couleurs d'Alfred Hitchcock, mais d'un film légendaire tourné en un seul plan, les raccords imposés par les...

le 26 sept. 2019

La Corde

La Corde

8

SeigneurAo

394 critiques

Le verbe, sa corde, avec le sujet

Tiré d'une pièce de théâtre, elle-même basée sur des faits réels, La corde frappe à plus d'un titre par ses thématiques. Le meurtre en tant que "sport", stimulation intellectuelle, la quintessence...

le 11 mai 2012

La Corde

La Corde

8

Vincent-Ruozzi

310 critiques

Le cluedo

Pour son premier film en couleur, Alfred Hitchcock s’était lancé un grand défi : réaliser un film qui semblerait n’être tourné qu’en un seul plan séquence. Ce projet ambitieux était irréalisable pour...

le 12 avr. 2016

Du même critique

Whiplash

Whiplash

10

Vincent-Ruozzi

310 critiques

«Je vous promets du sang, de la sueur et des larmes»

Whiplash est un grand film. Il est, selon moi, le meilleur de l’année 2014. Une excellente histoire alliant le cinéma et la musique. Celle-ci ne se résume pas à une bande son, mais prend ici la place...

le 20 janv. 2015

Mad Max - Fury Road

Mad Max - Fury Road

9

Vincent-Ruozzi

310 critiques

Sur les routes de Valhalla

Je viens de vivre un grand moment. Je ne sais pas si c’est un grand moment de cinéma, mais ce fût intense. Mad Max: Fury Road m’en a mis plein la gueule. Deux heures d’explosions, de fusillades et de...

le 16 mai 2015

The Irishman

The Irishman

8

Vincent-Ruozzi

310 critiques

Le crépuscule des Dieux

Lèvres pincées, cheveux gominés, yeux plissés et rieurs, main plongée dans sa veste et crispée sur la crosse d'un revolver, Robert De Niro est dans mon salon, prêt à en découdre une nouvelle fois. Il...

le 29 nov. 2019