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le 14 avr. 2026
SuivrePortrait d'un casse-cou
Après huit années d'absence, c'est le grand retour de Gus Van Sant au cinéma. Ayant fondé toute sa carrière sur l'exploration des , le cinéaste s'attelle ici à déconstruire le rêve américain, en...
Quand j'ai vu le sujet traité dans la bande annonce, j'ai pensé que Gus Van Sant s'emparait du cas Luigi Mangione en allant chercher une autre affaire à peu près semblable dans l'histoire américaine. Et comme je ne connais Gus Van Sant que de nom (j'ai vu Harvey Milk à sa sortie et je n'en ai rien retenu), mon cerveau l'associait bêtement à Lars Von Trier, parce que ça sonne un peu pareil. J'imaginais donc un réal avec un certain goût de la provocation et des parti-pris francs. J'ai pas du tout été servi.
Dès les premiers plans j'ai été irrité par cette présentation affreusement convenue des années 1970. Il y a une manière bien formatée de filmer les 70s, de les mettre en scène, les résumer par un grain, une musique, des coupes afro, des voitures, des attitudes, de concocter un mélange, un pur stéréotype qui n'a pas grand-chose à voir avec une retranscription fidèle de l'époque. D'ailleurs pourquoi pas ? Au cinéma on n'est pas tenu à l'exactitude historiographique. Sauf que le film croit précisément dur comme fer à sa vocation documentaire. Tout est fait pour rappeler que ce kidnapping a eu lieu, par exemple via ces fausses photos d'archives lors de la prise d'otage, ou cette image jaunie typique de la télé de jadis.
Ce parti-pris de téléfilm est sûrement la principale faiblesse de La corde au cou, puisqu'il enferme Gus Van Sant dans un refus obstiné de choisir un angle, d'assumer un point de vue, bref de faire vivre son film. Cette obstination s'explique : il ne faut surtout pas avoir l'air d'émettre un avis sur l'affaire. En bon centriste, Gus Van Sant prend bien soin de partager les bons points entre les deux protagonistes. En fait le film a si peur de choisir un camp qu'il passe totalement à côté de son sujet, il le survole à peine, juste ce qu'il faut pour qu'on comprenne à peu près pourquoi ce type menace d'en buter un autre. Les 40 premières minutes consistent presque uniquement en des scènes d'action. Le fond de l'affaire est absent. Et quand il arrive il est éludé.
Il sera vaguement question de la psychologie de l'un et de l'autre (et encore, bien peu longtemps et sans qu'aucune relation ne se noue jamais entre eux), de la solitude de Tony, de sa nature colérique, de son désir de gloire. Je suis bien gentil d'énumérer ça parce qu'encore une fois, on ne fait que survoler, on mentionne une fois et on passe à autre chose. Psychologiser pour dépolitiser une situation, c'est un stratagème qu'on est habitués à voir dans les médias. Mais dans son propre film, sur un sujet dont on est maître ? Que voulais-tu faire Gus ? Et quitte à suivre cette voie, pourquoi ne pas te laisser un peu plus de liberté en donnant davantage de corps à tes personnages principaux ? Richard Hall traverse le film comme un fantôme. Seul l'appel de son père lui donne un semblant de relief - mais on n'en fera rien, rien ne s'amorcera avec Tony à ce moment-là. On ouvre des brèches et on les laisse béantes sans s'y engouffrer.
Le film n'a pas plus d'idées avec ses personnages secondaires. Un autre arc narratif est rapidement ouvert avec cette journaliste en quête d'un scoop, mais il est d'une incroyable vacuité, chaque scène de média n'est que pur remplissage, même si on devine bien à force que c'est ça, pour le réalisateur, la clé du film, le prisme à adopter : les médias (oh le méchant patron de presse au sourire démoniaque face aux audiences qui montent en flèche) cherchent le scoop et les déséquilibrés cherchent la gloire. C'est bien ça ? On relègue la question sociale et économique qui est à l'origine du geste désespéré de Tony, et on lui substitue la question psychologique, le désir de reconnaissance sans borne de Tony devient l'objet central du film, qui peut alors faire timidement et tout en grossièreté le procès des médias. Et à la fin Tony jubile, comme s'il avait eu ce qu'il voulait avec cette exposition médiatique. Ah.
Je n'ai même pas évoqué le cas de l'animateur radio, figure intéressante qui aurait pu donner un peu de consistance au film et qui ne sert finalement strictement à rien. Il ne fait que transmettre les messages de Tony à la police, qui les transmet aux médias - un rôle de passe-plats quoi.
Tout ça pour boucler son film par des images d'archives assez fascinantes, qui font réaliser en 10 secondes la dinguerie dont on est en train de parler. Le film a échoué pendant 1h45 à nous plonger dans cette sidération quand une seule vidéo d'archive y parvient. À mon avis ça veut dire que c'est raté
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Créée
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