Court métrage muet de 1910, La Dame de pique est réalisé par le russe Piotr Tchardynine, dont c'est le 6e film (sur les 66 qu'il a réalisé dans sa longue carrière). Le film adapte la fameuse nouvelle fantastique éponyme d’Alexandre Pouchkine, publiée en 1834.
L’intrigue suit la trajection de German, un officier russe d'origine modeste fasciné par les jeux de cartes, mais trop modeste et trop prudent – malgré les sollicitations de ses camarades – pour se risquer à parier de l’agent. Un jour, lors d’une réception dans un jardin, il entend une légende qui l’intrigue. La vieille comtesse présente à la fête serait détentrice d’un secret : une combinaison de trois cartes, gagnantes à tous les coups.
Obnubilé par cette découverte, German tente tout pour percer le secret. Il séduit Liza, l’une des dames de compagnie de la comtesse, dans l’espoir de s’introduire dans la demeure. Il fouille la maison mais ne trouve aucun indice. C’est alors que la vieille dame le surprend... German n’a plus d’autre recours, il la menace avec son arme de service pour lui soutirer le secret des cartes. Pas de bol, devant l’intimidation de l’officier, la vieille peau fait un infarctus et tombe raide morte. German est désespéré, mais le spectre de la défunte comtesse lui apparaît alors pour lui révéler la combinaison gagnante : le Trois, le Sept et l’As. Assoiffé de richesse, notre German se rue au salon de jeu pour miser les cartes. Mais à sa grande stupeur, au moment d’abattre son As, de rafler la mise et de devenir riche, sa carte se transforme mystérieusement en une Dame de pique…
Si les règles du jeu de carte ne sont jamais vraiment énoncées (c'est dommage !), ce court métrage ne manque pas d’originalité. La mise en scène est recherchée, les décors – extérieurs comme intérieurs – sont soignées. Le réalisateur fait appel à bon nombre de figurants pour remplir son champ et donner de l’ampleur au film. Il faut dire que le court est produit par Alexandre Khanjonkov, l’un des premiers magnats du cinéma russe, et démontre clairement une volonté de faire des films à grands spectacles, avec du mordant.
Le court métrage reçut un grand succès auprès du public. Tellement qu'il n’aura fallu attendre que 6 ans, en 1916, pour qu'une nouvelle adaptation voit le jour. Le remake, signé Yakov Protazanov, est considéré aujourd’hui comme l’un des premiers chefs d’œuvres du cinéma russe. Il se distingue du film de Piotr Tachardynine par sa longueur (un peu plus d’une heure, le cinéma a connu d’immenses progrès en l’espace d’une demi-décennie), une mise en scène plus poussée utilisant flashbacks et surimpressions, et une caractérisation psychologique des personnages plus évoluée. D des caractéristiques que l’on retrouve dès l’année suivante dans les films d’Eisenstein portés sur la Révolution de 1917.
Pour ceux qui seraient intéressés par les débuts du cinéma russe, La Dame de pique version 1910 est disponible gratuitement ici 😊