Le premier film de Roland Joffé reste toujours une claque monumentale. A tel point que bon nombre de ses scènes restent ancrées dans l'imaginaire collectif, 40 ans après sa sortie.
Formellement, The killing fields est incroyablement maitrisé. Sa première partie hyper documentée restitue parfaitement le contexte politique d'avril 1975. Le style est sec. L'image fourmille de détails hautement significatifs, dont la plupart échappe fatalement à l'attention lors de la première vision tant ils sont nombreux. D'autant qu'en dépit qu'il convoque tous les éléments du contexte politique, le film ne fait pas le choix du didactisme. En accord avec le sujet, l'approche fait très reportage et est autant exigeante que subtile. La coupure de ton avec la seconde partie est brutale. Plus scénarisée, et encore plus marquante, elle reste le moment fort du film. Et clairement, on ne peut pas l'oublier.
Haing S. Ngor incarne l'histoire de Dith Pran d'une manière d'autant plus crédible qu'il a lui-même vécu la déportation sous le régime Khmers rouges. Et si le film l'aura rendu célèbre à travers le monde, on sait aujourd'hui qu'en représailles à son engagement dans les années qui suivirent, Pol Pot commandita son assassinat... Face à lui, Sam Waterston réussit à faire passer les contradictions de son personnage, partagé entre son amitié sincère pour son fixeur et son rêve de gloire un tantinet opportuniste. La musique de Mike Oldfield réussit l'exploit, par une seule longue note, à donner au film le ton grave qui s'impose. Et cette première collaboration du tandem Joffé / Puttnam constitue un peu une sorte d'alpha et oméga en terme de cinéma.
Bref, c'est impeccable.