Novateur et magnifique.

Marcello Mastroianni, beau comme un dieu romain, se balade dans Rome à travers différents tableaux : Marcello et l'actrice américaine, Marcello au club, Marcello à la villa du Latium, Marcello en voiture, la fiancée de Marcello, le père de Marcello, Marcello est bourré. Complètement déstructuré, sans véritable intrigue et pourtant, aucune longueur. (Faut quand même se tanker les 3h). On hésite tout le temps entre le plaisir d'accompagner Marcello dans ses soirées romaines, la jalousie de le voir séduire les plus belles femmes de sa génération, la pitié de le voir incapable de s'aimer ou d'aimer réellement quelqu'un d'autre.

Le film est libre, plein de symboles et de détails poétiques et donne à voir des choses pas tout le temps catholiques mais sans leur apposer un jugement moral, ce qui en fait un film riche et que l'on peut revoir, à mon avis, à l'infini. Certains personnages sont véritablement scandaleux, aujourd'hui comme à l'époque mais pas pour les mêmes raisons. A l'époque on a du jaser sur ces femmes libres qui n'hésitent pas à parler avec vulgarité de leurs sexualités, et sur ces homosexuels assumés que l'on croise parfois. Aujourd'hui, ce sont ces hommes consommateurs, ces femmes objets que l'on juge plus sévèrement. Le film, lui, s'en moque et enfile l'une après l'autre des scènes légères, drôles et entraînantes mais avec toujours un petit malaise, une gêne, un sentiment que quelque chose ne tourne pas très rond (la légendaire scène dans les escaliers de la cathédrale Saint-Pierre, puis dans la fontaine de Trévise avec Anita Ekberg, la Margot Robbie des 50s-60s et son chaton sur la tête, la magnifique scène du bénitier secret entre Marcelo et Anouk Aimée (qui a mon cœur à tout jamais), la fête dans cette villa renaissance en ruine, le salon pseudo-intellectuel chez Steiner et cette terrible conversation à la fenêtre...). Et des moments de vraie violence, notamment toutes les scènes avec Yvonne Furneaux et la fin de Steiner.

Je ne sais pas bien ce que le film veut dire, le message n'est pas dit avec insistance et moralisme, mais j'en propose une interprétation : l'aristocratie mondaine, en libérant ses mœurs et en s'adonnant à un plaisir (une Dolce Vita) sans limite, s'enferme de nouveau sur elle-même. S'enferme mais est enfermée également par le regard fasciné du reste de la société symbolisée par ces horribles photographes et le Paparazzo qui restera dans l'Histoire. Marcello se plait à batifoler dans ce milieu bien vide mais pourtant peuplé de vrais humains qui souffrent en ayant tout, tout en conservant une élégante réserve qui l'empêche de devenir un vrai déglingo et finit, devant la violence de la vie qui le rattrape par y plonger tout à fait.

C'est un film magnifique esthétiquement, chaque plan pourrait figurer dans un musée et la caméra de Fellini est virtuose, tout en restant discrète, au service des tableaux qu'il nous peint. La musique de Nino Rota est un peu en dessous de son habitude mais reste adaptée au film avec son côté entêtant. La soundtrack 60s tape un peu sur les nerfs à la longue. Enfin, le film, polyglotte, alterne l'anglais, le français, l'allemand et bien sûr l'italien qui lui donne un charme magnifique (Sono inamorata di te, Marcello...)

Bien violent envers les femmes par moments, comme on pouvait s'y attendre. Pourtant, de beaux personnages féminins libres et complexes dans ce monde qui leur laisse une place limitée.

Kool-Fess
9
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le 27 juil. 2025

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