Avec un scénario que n'aurait pas renié Alfred Hitchcock, Claude Chabrol prend le prétexte d'un triangle amoureux pour égratigner la bourgeoisie parisienne. Il raconte l'histoire de Charles, qui a une très belle situation, un jeune fils brillant, une épouse complice. Et tout ce monde vit dans une somptueuse demeure près de Versailles.
Mais voilà, Charles commence à soupçonner une infidélité de son épouse. Le poison du doute va malheureusement vite se concrétiser...
L'intérêt principal du film est à mon sens double. D'un côté, la peinture acerbe de cette bourgeoisie prétentieuse. On voit dans le regard de Charles qu'il juge, toise, évalue en permanence son entourage, généralement "inférieur". La notion de hiérarchie et de pouvoir est fondamentale pour lui, il ne peut supporter qu'un moins riche ou moins puissant lui vole sa femme.
De l'autre, c'est l'histoire de ce couple, raconté avec grande finesse. Principalement dans des non-dits, grâce aux jeux raffinés de Michel Bouquet et Stéphane Audran. Quelques regards suffisent pour comprendre, selon la situation, l'amour, la détresse, la colère, ou la déprime. Quelques gestes ou mouvements de caméras en diront beaucoup, dont ce fameux dernier plan particulièrement astucieux. Et il y a cette conversation excellente d'hypocrisie entre le cocu et l'amant.
S'il est secondaire, le volet policier demeure aussi grinçant qu'appréciable. Avec ce duo d'inspecteurs impassibles : le poli Michel Duchaussoy pose des questions, et son acolyte sinistre Guy Marly écoute les réponses de manière délicieusement perfide !
J'ajouterai que comme souvent avec Chabrol, c'est aussi l'occasion d'avoir un vision presque documentaire sur le cadre et l'époque, en l'occurrence le Paris de la fin des 60's. Avec quelques éléments qui font sourire aujourd'hui (la pile de bottins dans la cabine téléphonique par exemple).
Ou d'autres qui paraissent terriblement archaïques : le patron qui envisage de virer sa secrétaire canon, car celle-ci ne supporte plus les remarques sexistes d'un collègue qui a déjà couché avec elle !